jeudi, 15 juillet 2010

Demain

Il est possible que la période estivale – bientôt les vacances, allez savoir pourquoi j'y pense des mois à l'avance et qu'une fois venues elles me mettent dans un étrange état d'inquiétude – favorise le relâchement, relatif toutefois, de ce blog. Non par une volonté d'inactivité de ma part, mais plutôt parce qu'il m'est impossible d'être ici et là en même temps.

N'étant finalement qu'un bipède humanoïde banal, je me sens partagé entre le désir ludique d'alimenter régulièrement ces pages et la nécessité joyeuse de mener à bien un objectif que je me suis assigné depuis quelques mois : finir d'écrire, puis peaufiner durant l'été la bonne cinquantaine de mini portraits que je dois rédiger pour l'exposition « Portraits Croisés » qui m'associe à mon pote photographe Jacky Joannès. Pour chacun des instantanés – toujours très beaux, mon complice ayant conservé par delà les années un regard d'enfant en perpétuel état d'émerveillement face aux artistes – quelques lignes qui raconteront une petite histoire. J'espère réussir dans cette entreprise et contribuer à donner un peu de bonheur à celles et ceux qui viendront voir notre travail à la Médiathèque de Laxou du 6 au 23 octobre prochains. De toute façon, je n'ai plus le choix, cette exposition a fait l'objet d'une annonce officielle dans le dossier de presse du trente-septième Nancy Jazz Pulsations. Ah oui, j'avais oublié de vous préciser que les portrai(tor)turés sont des musiciens, pour la plupart captés lors de NJP depuis plus de trois décennies. Étrange aussi d'observer, que dis-je, de ressentir que cette « matérialisation » de ce qui n'était jusque là qu'un projet vient injecter perfidement dans mes veines sa petite dose de stress... Une douce torture, cependant, un exercice de double admiration. Et une manière de dire merci aux musiciens.

En écrivant ces lignes, en évoquant l'idée d'un remerciement, je repense instantanément à la soirée du 25 juin, lorsque dans le cadre du festival Vand'Jazz, le Bernica Octet dirigé par François Jeanneau avait partagé la scène du Centre Culturel André Malraux de Vandœuvre-lès-Nancy avec le chouette saxophoniste anglo-américain Will Vinson. Juste avant le concert, j'étais attablé avec un homme charmant, le guitariste Denis Moog. Le vin rosé était frais et bienvenu, les macarons délicieux et la conversation très chaleureuse.

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Denis Moog avec le Bernica Octet au Festival Vand'Jazz © Jacky Joannès

Chacun de nous deux s'est livré à son propre exercice de reconnaissance : mélomane et rien d'autre, je me devais d'expliquer à celui qui allait monter sur scène quelques minutes plus tard que l'écriture d'un texte ou d'une chronique consacrée à un disque ou un concert est la seule arme dont je dispose aujourd'hui pour rendre une part très infime de ce que les musiciens m'ont apporté depuis l'enfance. Lui, de son côté, exprimait une passion intacte et communicative.

Incapable d'extraire quelque note que ce soit – même celle de l'horrible flûte à bec des années collège – et totalement inhibé par le génie de mes idoles, je n'ai jamais eu le courage d'imposer à la musique sa plus cuisante défaite, celle qui aurait été occasionnée par ma contribution à la diffusion d'un art majeur dans la sphère familiale sous la forme de l'erreur grossière consistant à tenter vainement de produire le moindre son en public. J'ai cessé toute activité de ce genre en 1963 – j'avais cinq ans – lorsque mon institutrice, probablement dure d'oreille et sous le charme de ma précocité scolaire, avait trouvé bienfaisante l'idée de m'exhiber d'une classe à l'autre, jouant mécaniquement « L'hymne à la joie » ou « Les enfants du Pirée ». Même mon pauvre Mélodica, cadeau ultérieurement trouvé un soir de Noël au pied d'un sapin, n'a jamais voulu que je lui fasse l'injure de lui extorquer quoi que ce soit d'autre que le clic ou le clac produit par l'ouverture et la fermeture du bouton pression de son étui en plastique vert. Je suis un amusicien, le a étant ici, on l'a compris, privatif.

Oh je n'ai pas dit toute cela à Denis Moog, c'est là une digression postérieure qui traduit mon état d'esprit permanent. Je me suis contenté de lui faire part de mon souci d'écrire au plus juste les émotions et les vibrations que me procure la musique et de ne pas perdre inutilement mon temps à émettre des jugements négatifs. J'écris dans le seul but de partager le plaisir.

Après m'avoir fait part de celui qui est le sien à travailler aux côtés de ce septuagénaire flamboyant et toujours inventif qu'est François Jeanneau, mon partenaire de bavardage a tenu à souligner l'importance que peuvent revêtir les récepteurs que nous, simples mélomanes, sommes, en ce sens que nous venons enrichir et donner tout son sens au travail d'émetteur qui est celui des musiciens.

J'ai envie de le croire, j'ai besoin de savoir qu'à ma modeste place, je peux apporter une pierre – un caillou me suffirait, d'ailleurs – à ce magnifique édifice qui a pour nom musique. Et je veux bien poursuivre dès que possible ce dialogue impromptu avec lui. S'il dit vrai – je lui fais totale confiance sur ce point comme sur les autres – alors je peux continuer et me dire que chaque jour doit être celui d'une possible découverte, d'une nouvelle émotion, d'une absence de calcul dans le partage des instants d'éveil. La meilleure façon pour moi de me tenir debout et de ne pas me résigner tristement à seulement contempler le spectacle de la médiocrité du quotidien. Tomorrow will be another day...

dimanche, 04 juillet 2010

Rideau

Terzieff_Laurent.jpgL'état de décomposition avancée dans lequel se trouvent aujourd'hui le pouvoir politique hexagonal et son cortège de vulgarités quotidiennes ne fait que rendre plus éclatante et magique l'élégance presque surnaturelle qui caractérisait Laurent Terzieff. Ce très grand acteur nous a quittés, il venait d'avoir 75 ans.

Cette voix, cette allure de vieil adolescent, cette beauté torturée, cette fièvre dans le regard, cette intelligence...

Qu'ajouter de plus ?

Je ne fais pas partie des heureux privilégiés qui auront eu la chance de l'admirer sur scène. Toutefois, une anecdote – une "presque rencontre" éphémère et mystérieuse – me relie à lui.

C'était il y a deux ans, au mois de juillet 2008. J'étais attablé pour déjeuner du côté de Saint-Germain des Prés. Brusquement, comme surgi de nulle part, il est apparu – grave et silencieux – du fond de la salle où il s'était installé lui aussi, pour s'évanouir aussitôt sur le Boulevard, dans une démarche à la fois hésitante et vaporeuse. Comme s'il flottait à quelques centimètres au-dessus du sol... Cette image d'un homme loup solitaire est restée gravée dans ma mémoire. J'ignore si elle correspond vraiment à celui qu'il était, mais elle le pare d'une aura qui était très certainement la sienne, celle de son immense talent.

dimanche, 27 juin 2010

Dédicace

Premier retour, en quelques lignes, sur une soirée musicale passée tout récemment au Centre Culturel André Malraux de Vandœuvre-lès-Nancy. C'était vendredi dernier et la programmation du festival Vand'Jazz réservait la première de ses deux soirées à un concert, lui-même en deux parties : tout d'abord le bouillonnant Bernica Octet, sous la direction de l'éternel adolescent et néanmoins septuagénaire François Jeanneau, puis l'élégant quartet du saxophoniste anglais Will Vinson.

Juste avant quelques gourmandes agapes en prélude aux concerts, j'ai tenu à honorer une promesse faite à François Jeanneau : lui apporter mes trois 45 tours du groupe Triangle (dont il était l'un des membres éminents) achetés voici près de quarante ans. Sur le premier : « Peut-être demain » et « Blow Your Cool » ; sur le second : « Viens avec nous » et « La confusion » ; sur le troisième enfin : « Les contes du vieil homme » et « Les brumes de Chatou ».

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Photo François Jeanneau & MC © Jacky Joannès

Il se trouve que mon ami Jacky Joannès, toujours là quand il faut – the right man in the right place – était en embuscade, l'objectif rivé à la rétine et a fixé pour l'éternité (enfin, bon, là, j'exagère un peu tout de même...) ce moment que François Jeanneau a parfaitement résumé sur sa dédicace : « Après tout ce temps ».

Et si on écoutait Triangle, pour fêter ça ?

mercredi, 23 juin 2010

Chaîne de moral

Je suis interpellé par une camarade blogueuse qui me demande de participer à une « chaîne de moral » : en d'autres termes, je dois citer ici trois choses qui me sapent le dit moral. Hou la la... je vais devoir être sélectif... parce qu'en plus de tout ce qui navre depuis 52 ans et quelques semaines (19149 jours très exactement), l'actualité nous livre des exemples pitoyables en nombre si important qu'il est même devenu inutile de se baisser pour les ramasser !

Alors je m'y colle...

Prends l'oreille et tire-toi. On ne pourra jamais rien y changer. Pendant qu'ils nous lancent de pressants appels à une rigueur qu'ils ne s'appliqueront jamais à eux-mêmes, nos prétendus « responsables » s'en mettent plein les poches et nous méprisent à grand renfort de mensonges et de conflits d'intérêts. Je rêve de ce jour où l'on pourra ajouter l'exemplarité en quatrième mot sur les frontispices de nos édifices (comme disait Catherine Ribeiro). Mais ce n'est qu'un rêve, voire une utopie.

La culture avachie (ce que j'appelle la druckerisation). Combien de décennies faudra-t-il encore attendre avant que les médias ne se défassent de ces ternes apôtres du conformisme le plus courbé, toujours dans le sillage des pouvoirs en place ? Combien de temps avant qu'à la place de ces médiocrités ayant pignon sur écran, un peu de place - rien qu'un peu - soit enfin accordée aux créateurs, aux inventeurs, aux éveilleurs ? A ceux qui nous font regarder vers le haut et nous élèvent.

L'alcoolisation massive des adolescents. C'est un truc qui non seulement me sape le moral, mais qui me fait vraiment peur. Il y a là une gigantesque bataille à mener, je crains toutefois que bien trop de parents ne soient malheureusement incapables de la gagner. Et après ?

Fort heureusement, je terminerai sur les trois choses qui me remontent le moral..

La découverte permanente. Musique, littérature, peinture, bref tout ce qui nous fait apprendre. Celle par exemple d'un nouveau disque réjouissant, inventif, qui va me surprendre et me faire vibrer : comme celui la Mop Meuchiine qui joue la musique de Robert Wyatt avec un incroyable talent. Ou, dans un tout autre genre et sublime néanmoins, un magnifique adagio composé par le regretté Olivier Greif qu'il faudra bien un jour reconnaître comme l'un des plus passionnants compositeurs du XXe siècle. Je lui consacrerai bientôt une note, qui fera suite à deux que je lui ai déjà consacrées.

Les éclats de rire de ma petite-fille quand elle veut jouer à cache-cache avec moi derrière le canapé, au deuxième étage de la Maison Rose. Sans oublier sa vraie gourmandise quand elle rencontre un délicieux macaron.

Le partage. Passer deux heures en compagnie d'un ami qui me raconte les souvenirs qu'il a accumulés durant les années 70, quand il avait créé un fanzine et fait de belles rencontres. Puis retranscrire cette conversation pour Citizen Jazz.

Pour finir, je crois qu'une chaîne ne doit pas être rompue et qu'il me faut proposer à deux personnes de relever ce petit défi. Alors j'invite deux camarades blogueuses à continuer après moi : Françoise et Elisabeth.

A vous de jouer mesdames !

jeudi, 17 juin 2010

Atem

atem.jpgJe dois recevoir très prochainement chez moi – à des fins d'interview pour Citizen Jazz – une personnalité bien connue des amateurs lorrains (et pas seulement d'ailleurs) des musiques dites « de traverses ». Gérard Nguyen, puisque c'est de lui qu'il s'agit, va en effet soulever de plaisir beaucoup de gens en publiant aux éditions Camion Blanc une sélection d'articles publiés durant la seconde moitié des années 70 dans le magazine qu'il avait alors porté à bout de bras : Atem. Ce journal incomparable – 16 numéros édités entre 1975 et 1979 – fut en effet une formidable aventure humaine que nous sommes nombreux à avoir vécu non sans fièvre, guettant la prochaine édition, nous arrachant les yeux parfois (au début) sur une mise en page dense et aride. Ah, que de beaux noms ont pu être convoqués au sommaire de ce réjouissant et singulier Atem ! Il suffit de regarder la couverture du livre qui paraît aujourd'hui pour s'en convaincre : Kevin Ayers, Tim Buckley, Can, Kevin Coyne, Nick Drake, Brian Eno, Faust, Robert Fripp, Philip Glass, Peter Hammill, Hatfield & The North, Heldon, Henry Cow, Hugh Hopper, Magma, John Martyn, Nico, Steve Reich, The Residents, Suicide, This Heat, Tom Waits, Robert Wyatt, etc. Un casting de rêve qui associe des artistes issus de sphères différentes : rock, jazz, musique contemporaine ou expérimentale, … mais ayant en commun une démarche artistique hors normes et intrinsèquement créative. Plus de 560 pages d'articles et d'interviews qu'on n'a pas fini de lire et de relire. Une sorte de livre de chevet, un compagnon de vie.

Il est amusant aussi de se rendre compte que la parution d'Atem – qui fut aussi un label de disques tout aussi inventif et sans équivalent, dont les têtes de pont s'appelaient notamment Univers Zéro ou Présent – fait remonter à la surface de vieux souvenirs, très agréables.

L'époque de l'Université par exemple, lorsqu'à peine mon dernier cours de la journée terminé, je ralliais au plus vite le magasin de disques où le même Gérard Nguyen, l'œil malicieux, une Camel filtre au bec et toutes platines Marantz dehors, nous faisait partager ses passions de l'époque, celles justement dont on va pouvoir relire les textes qui en étaient nés.

Je me souviens... de ce soir d'octobre 1976 où, après une attente interminable – la publication du disque annoncé étant sans cesse reportée – les premières mesures de « De Futura » de Magma avaient retenti avec une sombre solennité. Jannick Top et Christian Vander tentaient une éphémère association dont la deuxième face de l'album Üdü Wüdü – avec une pochette provisoire et de belles fautes d'orthographe – se présentait comme le fidèle reflet. Une attaque de Kobaïa, rue Gambetta !

Je me souviens aussi, quelques mois plutôt, de ce soir où j'avais embarqué (avec l'accord du patron, évidemment) plusieurs numéros du magazine pour le faire connaître à Jean-Bernard Hébey, alors animateur à RTL, qui avait posé sa bulle à Nancy pour une semaine, et dont l'émission quotidienne était une source assez éclectique de découvertes musicales en début de soirée.

Atem ! Les anciens vont se réjouir de cette résurgence, les plus jeunes vont sans nul doute avoir du mal à ne pas admettre qu'on tenait là une pépite, que certains conservent aujourd'hui précieusement comme un trésor caché.

Cerise sur le gâteau, il est question que les textes non sélectionnés pour le livre puissent être réunis en un blog.

Pour moi, c'est d'accord, sans la moindre réserve !

dimanche, 13 juin 2010

Pom Pom... Pidou !

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Passé le temps des premières heures et de la foule des curieux qui s'agglutinait en interminables files d'attente, voici enfin venu le moment de profiter dans d'excellentes conditions d'une réussite à souligner, celle du Centre Pompidou de Metz. Son architecte élégante et aérienne - bois et verre, tentures blanches - vous saute aux yeux à votre sortie de la gare. Parce qu'en outre, ce chouette musée a la bonne idée de n'être situé qu'à quelques pas de cette dernière, à laquelle il est relié par une passerelle, tel un cordon ombilical.

"L'édifice se présente comme une vaste structure de plan hexagonal, traversée par trois galeries. Il se développe autour d'une flèche centrale qui culmine à 77 mètres, clin d'oeil à la date de création du Centre Pompidou : 1977... L'ensemble évoque un vaste chapiteau, entouré d'un parvis et d'un jardin. A l'intérieur, l'ambiance générale est claire, avec sa toiture en bois blond, ses murs et structures peints en blanc et ses sols en béton surfacé gris perle. La toiture, le traitement de la relation intérieur-extérieur et les trois galeries d'exposition sont le résultat de partis pris architecturaux très novateurs."

Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les responsables du Centre eux-mêmes et force est de reconnaître que leur propos entre en correspondance exacte avec ce que vous ressentez en déambulant, tranquillement, l'oeil admiratif, tout au long d'un parcours riche d'oeuvres magnifiques (j'aurai personnellement un petit faible pour "Les disques dans la ville" de Fernand Léger et pour la série Jazz d'Henri Matisse, mais la liste de mes contemplations béates est bien plus longue en réalité...).

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Mais on goûtera aussi les jeux de miroirs futés, qui vous laissent deviner ce que votre visite va vous faire découvrir. En levant la tête, vous voyez aussi vos congénères qui deviennent fourmis curieuses, évoluant par petites grappes, comme collées au plafond. Les plus perspicaces d'entre vous sauront d'ailleurs débusquer l'auteur de ces quelques lignes sur la première photographie illustrant cette note.

Ah, et puis... Un mot tout de même sur cette galerie un peu magique, au troisième étage : elle s'ouvre en une vaste fenêtre découpée comme autant de tableaux vivants et offre une vue panoramique sur la ville. Comme par enchantement, ses composantes architecturales s'éloignent de vous au fur et à mesure que vous vous en approchez. C'est splendide.

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Je ne voudrais pas abuser de la prose laudative. Néanmoins, je vous incite fortement à faire le déplacement du côté de la Lorraine. Il y a de belles choses à y découvrir...

mardi, 25 mai 2010

Sound Painting

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Il me faudra encore beaucoup d'expériences comme celle que j'ai vécue vendredi dernier pour entrevoir le potentiel d'un curieux langage inventé dans les années 80 par Walter Thomson et qu'on appelle le sound painting.

Mais avec ses quelque 800 gestes - il s'agit en effet d'une sorte d'alphabet visuel - le sound painting est une discipline propice aux imaginations fertiles et débridées. Au gré de son inspiration, le chef d'orchestre peut ainsi donner à ses musiciens, mais aussi à des danseurs, de mystérieux ordres visuels parfaitement codifiés, provoquant la réaction et l'invention spontanée des instrumentistes. Au milieu des phrases ainsi créées peuvent aussi se glisser des séquences écrites, comme autant d'instants où la musique semble reprendre son souffle.

François Jeanneau était à la médiathèque de Vandœuvre-lès-Nancy, avec quelques musiciens dont trois membres de son excellent Bernica Octet, que je vous invite par ailleurs à découvrir. Sa démonstration ludique, suivie d'une courte séance de réponse aux questions avant un exercice collectif associant le public, fut un petit moment de plénitude malicieuse.

jeudi, 20 mai 2010

Motown

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Voilà qui fait vraiment du bien... Deux ans presque jour pour jour après leur dernière visite dans la petite salle du Quai Son à Nancy, le fougueux aréopage du Motown Project investissait à nouveau les lieux hier soir !

Motown Project - une telle identité ne laisse aucun doute sur le répertoire qui sera proposé - c'est la promesse, largement tenue, d'une fête joyeuse et de la célébration d'une musique sans la moindre ride, frappée au sceau de l'énergie la plus communicative qui soit. Une éternelle jeunesse, impeccablement servie par un combo soudé et pourvoyeur d'ondes positives.

Il n'aura pas fallu attendre bien longtemps pour que la température monte très très fort. En réalité, il n'y a pas eu la moindre attente du tout avec, d'emblée, l'enchaînement vitaminé de « Time » et « Got To Give It Up »... Ah, Marvin Gaye quand tu nous tiens... Ce dernier sera d'ailleurs l'une des sources d'inspirations premières de ce concert gorgé de salutaires vibrations : on le retrouvera un peu plus tard avec l'incontournable « What's Going On », « I Heard It Through The Grapevine » ou le brûlant « Sexual Healing » en guise de rappel, avant, pour que l'histoire ne s'arrête pas, un retour sur « Got To Give It Up ».

Stevie Wonder, lui aussi, sera plusieurs fois à l'honneur : comment en effet ne pas interpréter le mythique « Supersition » pour célébrer ce torrent artistique que fut la Motown ? Comment ne pas puiser par ailleurs à deux reprises dans ce qui est à considérer, tous styles confondus, comme l'un des albums majeurs du XXe siècle, Songs In The Key Of Life ?

The Temptations, Jimmy Ruffin, Aretha Franklin, The Jackson Five, Martha & The Vandellas, James Brown, The Supremes... Tous sont là, avec nous, éternels invités d'une fête qu'on goûte entre amis. On savoure chaque minute, conscient cependant que le temps, déjà, passe bien trop vite.

Les neuf musiciens sont de toute évidence heureux d'être sur scène : la charismatique Marie Ossagantsia et son alter ego Martial Bourgon au chant assurent le spectacle, soutenus par une rythmique d'acier : Jérôme Arrighi, ici malicieusement présenté comme le « dictateur artistique », à la basse et Guillaume Bachmann, batteur chanteur qui ne se privera pas de nous offrir un joyeux numéro de duettistes à lui tout seul... Du côté de la section de cuivres, on souffle une revigorante tempête tropicale : Julien Hornberger à la trompette ; Matthieu Durmarque, au saxophone ténor, qui gardera son meilleur pour la fin avec un envoûtant chorus sur « Sexual Healing » ; Pierre Desassis (oui oui, je sais, je parle encore de mon fils, désolé...), qui dynamite constamment l'espace au saxophone alto ou se permet d'enflammer « I Wish » en quatre minutes explosives au saxophone soprano, des instants qui vous scotchent à votre chaise, pour peu que vous ayez eu la chance de trouver une place assise (c'est le petit extrait sonore que je propose ici, dans une captation brute de décoffrage mais qui, finalement, restitue plutôt bien l'ambiance de la soirée). On n'oubliera pas, évidemment, les deux enlumineurs que sont les deux Stéphane : Berti (guitare) et Cormorèche (claviers).

On voudrait que le temps s'arrête, rester là, au milieu du public qui est venu en nombre. Durant plus de deux heures, toutes les vicissitudes du quotidien se sont envolées, balayées par le souffle vital de cette « Motown » sans égale.

Merci !

podcast

En écoute : "I Wish" de Stevie Wonder par le Motown Project au Quai Son - Nancy, le mercredi 19 mai 2010.

Marie Ossagantsia & Martial Bourgon (chant), Stéphane Cormorèche (claviers), Julien Hornberger (trompette), Matthieu Durmarque (saxophone ténor), Pierre Desassis (saxophones alto & soprano), Stéphane Berti (guitare), Jérome Arrighi (basse), Guillaume Bachmann (batterie, chant).

lundi, 17 mai 2010

Couchant

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Pour bien commencer la semaine... L'actualité est grise, pour ne pas dire sombre... Alors je vous propose cette image - un classique parmi les classiques, mais pourquoi chercher ailleurs après tout ? - apaisée. Sans commentaire superflu.

Le soleil était amical ce week-end du côté de Mesnil-Val.

mercredi, 21 avril 2010

Kékéland

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[Mode vieux con]

Ce qui est bien avec la nature humaine, c'est que, livrée à elle-même, elle ne vous déçoit que très rarement. Une brève incursion du côté des Alpes Maritimes m'a permis d'en savoir un peu plus sur notre redoutable espèce. Ou plutôt de vivre en direct ce que je n'avais aucun mal à imaginer : une certaine image de la décadence.

Parce que je suis convaincu que nous vivons une époque décadente, mais ceci est une autre histoire... Historiquement, tous les paramètres qui permettent de qualifier la décadence semblent réunis, pour qu'on puisse formuler cette détestable équation.

Et encore... Les propos qui suivent émanent de quelqu'un qui connaît sa condition de privilégié qui a la chance de travailler, de manger à sa faim et de s'offrir le luxe de quelques jours de vacances.

Mais le mépris qui gangrène les esprits est insupportable.

Je passe sur l'affligeant spectacle offert voici trois jours par un cafetier niçois qui nous désigna de façon très lapidaire le fast food voisin, parce qu'après avoir rapidement étudié la carte déposée sur une table poussiéreuse sans l'esquisse d'un début de sourire, nous choisîmes de quitter les lieux pour rallier l'un de ses proches concurrents, parce que décidément, sept euros pour une vulgaire crêpe au sucre servie sous les tuyaux d'échappements des voitures locales est un tarif exorbitant même pas justifié par une prestation de qualité.

Je passe sur le défilé des horreurs vieillissantes contemplées du côté de la Croisette... Pathétiques errances, fric qui dégouline, comme le pus d'un abcès en train de crever.

Nous sommes dans le village médiéval de Cagnes-sur-Mer, tout près du château. Le paysage et sa géographie somptueuse sont entachés de nombreuses villas coloriées par leurs dispendieuses baignoires bleues. D'une propriété à l'autre, on s'affronte à grands coups de kistcheries néo-coloniales et de caméras de surveillance. Les quelques ruelles du bourg se font l'écho d'une musique aux intonations vaguement latines et poussivement interprétée par un trio qui distille son ennui synthétique devant une poignée de types armés de coupes de champagne. Ceux-ci, de sexe masculin exclusivement, gardent un œil vigilant sur les bolides de course qu'ils n'ont pas manqué de faire pétarader aux environs avant de les exposer sur la petite place où quelques boulistes entretiennent leur lumbago.

Le bilan carbone de cet aréopage un brin hautain est désastreux, mais là n'est pas la question. On s'en fout : il s'agit avant tout de se montrer, d'afficher. On devine que la chasse à la femme va commencer.

Il y a quelque chose qui pue dans ce bas monde, juste à côté de nous. On se dit aussi que la même espèce humaine est capable d'une très forte résistance à l'injustice pour accepter ainsi le spectacle d'une minorité aussi malodorante aux yeux de la misère de tant d'autres...

[/Mode vieux con]

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