02 novembre 2010
The Living Tree
La surprise est bonne, finalement... Quand deux membres historiques du groupe Yes, groupe phare du rock progressif (si ce jargon ne vous parle pas, je vous suggère un petit détour par le bouquin éponyme d'Aymeric Leroy, dont je me suis fait l'écho dans Citizen Jazz), proposent un disque d'excellente facture, on est saisi par une impression, plutôt délicieuse, qui est celle du temps qui s'arrête. Alors que le groupe a donné le meilleur de lui-même durant la première moitié des années 70, avant de se perdre dans un nombre assez étonnant de dissolutions / reformations plus ou moins judicieuses, au gré desquelles on aura surtout eu envie de se replonger illico dans les grands albums que furent The Yes Album, Fragile, Close To The Edge, Songs From Topographic Oceans et Relayer, certains membres ont été les acteurs de ces changements multiples, d'autres pas… Histoires d’égos, histoires d'argent... Ecartés d'une récente tournée de Yes, Jon Anderson (chant) et Rick Wakeman (piano, claviers) ont enregistré The Living Tree durant les mois de septembre et d'octobre 2010, un album au format court (43 minutes, comme au bon vieux temps) composé de neuf chansons elles-mêmes plutôt brèves, dont certaines avaient trouvé leur place dans une tournée acoustique des deux musiciens en 2006.
Il faut plutôt situer leur musique dans l'esprit d'une autre collaboration, aujourd'hui trentenaire, celle du même Jon Anderson avec Vangelis (qui fut durant quelque temps pressenti pour intégrer Yes en remplacament de Rick Wakeman au printemps 1974, avant d'être préféré au Suisse Patrick Moraz. Vous me suivez ? Non ? Pas grave...), le temps de quelques albums tels que Short Stories ou The Friends Of Mr Cairo. Soit un duo pacifié où la voix de Jon Anderson – plus fragile, plus nasale, comme un peu enrouée parfois – exerce le même pouvoir de séduction qu'aux plus beaux jours. Les paroles, qu'il a toutes composées, ont perdu tout le côté abscons des textes écrits avec Yes pour laisser la place à des élans qui expriment les croyances de leur auteur en une religion unique et traduisent sa dévotion à son gourou du moment, Audrey Kitagawa. Rien de bien méchant, donc, à défaut d'être inoubliable... A ses côtés, Rick Wakeman a renoncé aux grands effets de manches et à l’esbroufe pour afficher une certaine sobriété au piano, qu'il complète parfois de nappes sonores plus synthétiques.
A la première écoute, on se dit qu'on tient là ce qui pourrait être le noyau dur d'un futur répertoire de Yes... qui ne verra probablement pas le jour. Il est difficile en effet de savoir si The Living Tree n'est qu'une jolie parenthèse dans une vie musicale qui est un peu moins enchantée ou s'il peut constituer le ferment d'une nouvelle page de l'histoire d'un groupe dont les plus belles heures méritent de rester en bonne place dans notre mémoire. En attendant la réponse à cette question, on ne perdra pas son temps à consacrer 43 minutes à découvrir le disque.
07:00 Publié dans Entendu | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : jon anderson, rick wakeman, yes |
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13 mai 2010
Rock Progressif
Ah... ça sent la nostalgie, c'est bien ce que vous pensez, n'est-ce pas ? On pourrait le croire en effet au terme « rock progressif » qui fleure bon les seventies... En réalité, ces quelques lignes sont nées spontanément d'une actualité réjouissante : celle de la publication à la fin du mois d'avril aux Editions Le Mot et le Reste d'un excellent bouquin éponyme sous la plume d'un jeunot - né en 1973, Aymeric Leroy n'était même pas une idée dans l'esprit de ses parents lorsque King Crimson posa en 1969 la pierre fondatrice d'un mouvement musical foisonnant avec la publication de In The Court Of The Crimson King - qui s'est fait connaître tant par sa contribution au magazine Big Bang que par son expertise sans équivalent pour tout ce qui concerne l'École de Canterbury, née dans le sillage du groupe Soft Machine. Au point qu'il lui a consacré un site Internet particulièrement précieux nommé Calyx. Aymeric Leroy est par ailleurs l'auteur, chez le même éditeur, d'un excellent bouquin sur Pink Floyd.
La définition du rock progressif n'est pas aussi simple qu'il pourrait y paraître au premier abord. Aymeric Leroy multiplie les arguments, réfute certaines thèses et n'oublie pas de souligner l'influence de certains artistes qui, sans qu'on puisse leur apposer l'étiquette du rock progressif, ont néanmoins contribué à l'évolution du rock vers, je cite l'auteur : « une émancipation du carcan couplet / refrain excessivement limitatif de la pop, s'exprimant en premier lieu dans un rééquilibrage des rôles entre voix et instruments au bénéfice des seconds ». Ces artisans d'un « proto-prog » se nomment Beatles, Cream, Jimi Hendrix, Procol Harum, Moody Blues ou bien encore The Who.
Et plutôt que de se livrer à un fastidieux passage en revue exhaustif de toute la production discographique composant l'univers du rock progressif, Aymeric Leroy choisit une présentation chronologique découpée en grandes époques - une quinzaine depuis la fin des années 60 jusqu'à nos jours - assorties parfois de quelques incursions vers des pays non anglophones comme l'Allemagne, la France, l'Italie ou l'Espagne.
Avec un tel angle d'attaque, on mesure beaucoup plus aisément le rôle respectif de chacun des grands acteurs de cette saga, une épopée souvent raillée par les tenants d'un rock pur et dur ou certains intégristes d'un jazz confisqué, confits dans une désagréable condescendance - un comble pour cette musique tellement empreinte de liberté et d'invention. Sans nier pour autant le fait que, bien que faisant depuis quelques années l'objet d'un revival, le rock progressif appartient tout de même pour l'essentiel au passé, même si ses grands noms continuent de résonner fort dans l'esprit de beaucoup de gens : King Crimson, Yes, Genesis, Emerson Lake & Palmer pour citer quatre têtes d'affiches - présentes d'ailleurs en première page de couverture - parmi un casting particulièrement fourni.
Et encore... ce passé rejoint parfois le présent, s'y mêle, les époques se croisent et donnent naissance à d'autres expressions souvent très heureuses : en témoigne le dernier disque de Pierrick Pédron, Omry, qui doit beaucoup à l'amour que le saxophoniste porte aux grands noms du rock progressif, comme Pink Floyd.
A titre personnel, c'est avec un vrai bonheur que je parcours ces quelque 450 pages denses et érudites, mais constamment passionnantes. D'une certaine façon, ce Rock Progressif est le bouquin que j'appelais de mes vœux depuis longtemps et je sais gré à Aymeric Leroy d'avoir comblé un vide et su fixer par l'écrit une aventure que je considère comme constitutive de mon propre parcours de mélomane boulimique. Et, j'en suis certain, je ne serai pas le seul dans ce cas.
Cerise sur la gâteau, la connaissance encyclopédique d'Aymeric Leroy sur ce sujet est servie par une écriture de qualité : son style soutenu, élégant et dépourvu de toute boursouflure, constitue un écrin particulièrement adapté à l'univers du rock progressif dans ce qu'il a de plus inventif.
Un seul conseil de ma part : si vous êtes amoureux du rock progressif, vous ne pourrez échapper à ce livre qui vous ravira ; si vous avez un intérêt pour l'histoire de la musique au XXe siècle, vous seriez coupables de l'ignorer.
21:24 Publié dans Lu | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : rock progressif, aymeric leroy, le mot et le reste, king crimson, yes, genesis, emerson lake and palmer |
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