17 janvier 2010

Quartet

Agulhon, Imbert, Legnini, Pédron. Bingo ! Il est toujours très agréable de braver simultanément la nuit, l'hiver lorrain et les brumes spinaliennes pour s'apercevoir que quatre musiciens de jazz peuvent faire "théâtre comble" dans une ville de taille moyenne et recevoir un accueil enthousiaste de la part d'un public par ailleurs reconnaissant du travail effectué depuis la veille par ces artistes pour partager leur passion de la musique avec quelques stagiaires. Soit une bonne douzaine d'élèves présents sur scène le temps de jouer deux compositions répétées avec leurs enseignants d'un week-end.

Réunis pour la première fois - on espère avoir assisté au début d'une nouvelle histoire - Franck Agulhon, Diego Imbert, Eric Legnini et Pierrick Pédron ont ensuite distillé un répertoire tonique puisant aux sources de quelques standards ("I Can't Get Started", "Lover" ou "I Hear A Rhapsody") mais aussi de compositions originales ("Waltz For A King" et "Tune Z" pour Pierrick Pédron, "Guet Apens" pour Diego Imbert ou "Big Boogaloo" pour Eric Legnini).

Lyrisme, complicité, joie de faire rayonner un art maîtrisé mais toujours en mouvement : merci à eux quatre ! Cette soirée du 16 janvier à Epinal était sans le moindre doute à mettre au compte des moments qui vous regonflent d'une énergie salutaire.

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De gauche à droite : Eric Legnini (piano), Diego Imbert (contrebasse),
Pierrick Pédron (saxophone alto), Franck Agulhon (batterie).

podcast

En écoute : les trois premières minutes du concert et un extrait de "Waltz For A King" (Pierrick Pédron).

08 octobre 2009

Omry

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Pierrick Pédron à l'Autre Canal, le 7 octobre 2009 © Jacky Joannès

Voilà une soirée qui sera prochainement le sujet d’un de mes articles pour Citizen Jazz (à propos, je rappelle que je consacre pas mal de temps d’écriture à mon magazine favori, ceci expliquant la parution moins abondante de notes pour ce blog. Mes dernières productions sont par ici, d’autres sont en passe d’être publiées, d’autres encore sont en gestation).

J’étais hier à l’Autre Canal, pour une deuxième soirée de musique dans le cadre du Festival Nancy Jazz Pulsations. Le temps (très) fort de la soirée était le concert du saxophoniste Pierrick Pédron et son combo électrique Omry. Voici quelques mois, j’avais écrit quelques lignes consacrées à la parution de son disque éponyme, une flagrante réussite qui, j’en suis persuadé, sera un des plus beaux de l’année.

Et voici le temps de découvrir cette formation sur scène : malgré un confort très spartiate – la salle baptisée Club n’étant qu’un petite cube peu convivial où chacun doit se contenter d’une position debout, dans une ambiance où bien des spectateurs semblent plus préoccupés de s’approvisionner toutes les dix minutes en bière que d’écouter de la musique, ah, zapping, quand tu tiens nos cerveaux… – il me faut saluer sans attendre et une fois de plus un musicien qui, à force de talent et de ténacité, est en train de forger son propre univers. Je pèse mes mots… Excellente nouvelle pour tous les passionnés de musique : en fin d’après-midi, Pierrick Pédron me confiait qu’il souhaitait qu’Omry soit plus qu’un disque et une série de concerts, mais une aventure qui s’inscrive dans le temps.

Dynamitée par la scène et la projection d’images souvent haletantes, la suite Omry explose littéralement devant nous, chargée de l’électricité délivrée par le grand Vincent Artaud (basse) et Eric Löhrer (guitare) et du déferlement des « twin drummers » que constitue la paire Franck Agulhon / Fabrice Moreau à la batterie. Au Fender Rhodes, Pierre De Bethmann laisse échapper des coulées de notes… Un terreau de musique très fertile qui offre à Pierrick Pédron de quoi illuminer l’ensemble de ses somptueux chorus (au passage, n’oublions pas qu’il est un soliste époustouflant), et d'investir avec fièvre et brio tout un espace de liberté et d'improvisation, bien plus qu'il ne l'avait fait sur son disque. Et même si, selon lui, Omry n’est pas une œuvre de saxophoniste, cette longue suite est un formidable sujet qu’il ne se prive pas d’explorer, au même titre que ses camarades d’ailleurs. En témoignent par exemple une belle séquence de Vincent Artaud, longue montée solitaire à grands renforts de boucles, les solos ravageurs à la coloration très rock d’Eric Löhrer ou le duo final des deux batteurs, dans une magnifique exercice de gémellité bien frappée.

Je vous propose une illustration de cet excellent moment avec une chouette photo de mon ami Jacky Joannès et une petite carte postale sonore captée par mes soins.

podcast

En écoute, quelques minutes extraites de "Osman", enregistrées avec l'aimable permission de Pierrick Pédron (saxophone alto) et la complicité musicale de Pierre De Bethmann (Fender Rhodes), Vincent Artaud (basse électrique), Eric Löhrer (guitare électrique), Franck Agulhon et Fabrice Moreau (batterie).

14 mars 2009

Simplicité

Cette semaine, j'ai passé mal de temps à parler avec des musiciens : soit au téléphone, mercredi soir et hier matin avec le saxophoniste Pierrick Pédron, pour les besoins d'une chronique (celle de son nouveau disque, Omry ; faites-moi penser à vous en parler plus longuement demain, car je pense pouvoir vous donner envie de l'écouter), soit de vive voix hier après-midi dans le cadre de l'interview de Franck Agulhon, batteur implanté depuis près de vingt ans à quelques kilomètres de Nancy. Voilà deux artistes de premier plan, très en vue sur la scène jazz européenne, qui sont d'une simplicité désarmante et qui acceptent de consacrer un peu de leur temps à parler de leur musique. Ils ne le font pas parce qu'il s'agit pour eux d'entrer dans une logique de promotion commerciale, non... ils échangent, vibrent et sont de formidables émetteurs. Quant au travail qui est le mien, c'est celui d'un récepteur, qui devra à son tour, modestement, retransmettre - c'est donc là mon propre rôle d'émetteur - le plus fidèlement à ses lecteurs cet émerveillement permanent que suscite la musique.