06 février 2010

Mémoires

La ville de Nancy se dotera prochainement d'un Centre des Mémoires, regroupant les archives départementales, trop à l'étroit désormais dans leur site actuel, ainsi qu'un espace culturel pouvant accueillir des expositions, des animations et d'autres formes de diffusion de témoignages historiques. Cerise sur la gâteau, un parc public arboré lui sera associé, ajoutant à la ville une nouvelle zone de vie qui manquait probablement à sa partie nord : voilà une excellente nouvelle pour les habitants du quartier - dont je suis - qui voient d'un bon oeil cette implantation future d'une activité utile, porteuse des richesses de notre mémoire collective.

En visitant le site de l'ancienne école normale - à l'abandon depuis une vingtaine d'années et livrée à l'imagination des squatteurs - qui fera l'objet d'une requalification pour donner naissance à ce projet dont l'aboutissement nécessitera plusieurs années, j'ai pu observer comme un raccourci de notre société en contemplant les façades des bâtiments et en me glissant à l'intérieur de quelques salles ouvertes à tous les vents.

J'ai vu, j'ai même admiré, de véritables œuvres d'art projetées à la bombe à peinture sur des murs en décomposition. Acharnement de quelques uns à ne pas se résigner à la médiocrité. Malgré l'âpreté du quotidien, ces peintres anonymes créent le beau, sans espoir de reconnaissance toutefois. Sans même se dire qu'en d'autres circonstances, un émir ou un milliardaire russe pourrait débourser 100 millions de dollars pour confisquer leur travail et faire un pari financier en spéculant sur la valeur relative d'une toile ou d'une sculpture. Dehors, dans l'humidité poisseuse de l'hiver lorrain et les émulsions verdâtres d'un salpêtre omniprésent, ou dans des salles encombrées de détritus et de gravats, ces peintures s'offrent, avant leur prochaine disparition. Art éphémère et désespéré où l'imagination est reine.

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Mais j'ai vu aussi, ou plutôt j'ai lu, ici et là comme autant d'invectives cyniques, la revendication d'une inculture, affichée non sans une certaine fierté, qui m'en a rappelé une autre, celle qui se répand jusque dans les sphères les plus proches des cercles décisionnaires. Et qui regarde vers le bas, animée d'un mépris qui ne laisse guère de place à quelque forme de dialogue que ce soit.

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30 mai 2009

Grâce

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Petit retour en arrière sur un moment hors du temps, probablement le plus beau avec le Serbie Academic Choir Coll et ses chanteuses magnifiques, offert par le Festival International de Chant Choral de Nancy. Avec un magnifique ensemble, une interprétation au cordeau, un répertoire exigeant mais jamais austère, un humour élégant et un arc-en-ciel pour les yeux, le Japan Tokyo Trouvere a suscité l'émerveillement. De quoi inspirer les chorales locales dont le manque d'ambition artistique et l'amateurisme étaient flagrants, un peu à l'image de l'enseignement de la musique en France, trop souvent frileux, embourgeoisé et académique. Vivement la prochaine édition en 2012 et la plongée dans d'autres cultures.

01 mars 2009

Félicité

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Crédit photo © Jacky Joannès

Une foule tranquille s’est retrouvée hier soir dans le béton rouge vif de l’Autre Canal à Nancy. Après avoir fêté des «quarante ans d’évolution» deux semaines plus tôt au Casino de Paris, Magma passait par la Lorraine… Grand bien lui en a pris, car si le confort de la salle est… spartiate (quelques places assises seulement sur des gradins amovibles), l’acoustique est impeccable, ce qui reste un incomparable bénéfice pour les oreilles de tous (les conditions sonores dans la vieille salle de la rue de Clichy, deux semaines plus tôt, étaient beaucoup moins favorables, doit-on le préciser).
Une première heure durant, l’Infernal Machina de Jannick Top est venue déferler et délivrer ses climats oppressants, sombres, à la limite de l’étouffement. Si le disque éponyme paru l’an passé était passionnant, il y a quelque chose qui continue de gêner dans la version live du groupe, comme si la musique arrachait tout sur son passage, sans emporter vraiment, il faut le dire, l’adhésion. Une volonté de froideur du propos semble créer une distance presque infranchissable et il faudra chercher à comprendre ce filtre un peu opaque qui s’installe entre la musique et son public.
Magma, quant à lui, s’expose très naturellement à la lumière et offre pour commencer près de cinquante minutes de nouvelles compositions, dont un splendide «Félicité Thösz» qui souligne toutes les qualités de leader de Christian Vander : compositeur toujours inspiré, batteur à la précision surhumaine, chanteur incomparable, remarquablement soutenu par Stella qui, rarement, aura été autant mise en avant et dont la voix aérienne offre un parfait contrepoint à la force du groupe. Il y a quelque chose de rayonnant dans cette œuvre récente, un ensoleillement parfaitement souligné par un jeu de batterie qui privilégie la frappe des cymbales, dont on sait qu’elles ont toujours fasciné le créateur de Magma. Quant à sa conclusion chantée par Vander lui-même (un petit extrait est ici en écoute), elle est habitée, d’une double voix énigmatique qui alterne chant grave et chant haut placé. Cette dualité qui, probablement, est aussi l’identité du groupe depuis le premier jour.
Magma interprète ensuite sa version intégrale de «Ëmehntëht-Rê» dont la plupart des thèmes sont connus de longue date de tous les kobaïens, avant un final – tous gongs dehors – en forme de marche funèbre jusqu’à une ultime vocalise de celui qui s’est offert sans compter.
Il nous reste à nous envoler ensuite sur la planète «Kobaïa», cerise sur le gâteau, avec son chanteur originel, Klaus Blasquiz dont la puissance vocale reste étourdissante et, en salut intimiste, cette «Ballade» émouvante où Christian Vander, presque seul au chant, vient tutoyer l’étoile de son maître à jouer, John Coltrane.
Il est minuit.


03 février 2009

Lugubre

Un mercredi soir, vers 22 heures 30 dans le hall de la gare de Nancy. Presque désert. Le train attendu aura un quart d’heure de retard. Un type un peu bizarre, qui a vu que je téléphonais quelques secondes auparavant, vient brandir sous mes yeux un petit carton sur lequel sont écrits les chiffres 1, 1 et 5. Il ne parle pas français. Je lui demande s’il comprend l’anglais et commence à lui poser deux ou trois questions. Nous avons du mal à communiquer, mais je comprends néanmoins qu'il veut que j’appelle ce numéro d’urgence et j’ai toutes les peines du monde à lui expliquer que je dois connaître la raison de l’appel avant de téléphoner. Puis il s’en va, en m’expliquant par un geste que tout va bien. Juste avant qu’un jeune couple, un garçon et une fille de moins de vingt ans, vienne à ma rencontre. Il leur manque 80 centimes. Pour quoi faire, je l’ignore. Je cherche dans mon porte-monnaie et leur donne une pièce d’un euro. Ils filent vers la seule boutique ouverte et quand ils repassent devant moi, ils semblent ne pas me voir, je ne leur suis plus utile. Face au grand tableau qui affiche les trains au départ, un autre type parle tout seul et commente pour un public invisible ces informations. Deux agents de sécurité passent, chien en laisse et le cheveu ras. Un autre couple attend, assis tranquillement sur un banc, elle sur lui. Personne ne se parle plus. Le train arrive. Enfin…

28 janvier 2009

Protecteur

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Comme si le temps s’était arrêté… Quarante ans après sa naissance, Magma est annoncé à Nancy pour un concert anniversaire et les premières affiches ont fleuri sur les vitrines. La griffe et la typographie sont restées telles qu’elles étaient dès le premier jour. Quant à l’énergie vitale du groupe, portée à bout de baguettes par son créateur Christian Vander, elle est intacte, à n’en pas douter. Au pied de la magnifique Porte de la Craffe, érigée au quatorzième siècle, l’histoire de France semble lancer un clin d’œil tutélaire à l’histoire de la musique.

Merci à Mad Jazz Boy pour sa photographie.

07 janvier 2009

Magique

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Quand la nature unit ses efforts au génie artistique de l’homme, il ne reste plus qu’à s’arrêter et contempler. Ces stalactites qui ornent les dorures de la Place Stanislas en sont une démonstration splendide. On en viendrait presque à souhaiter que l’hiver prenne le temps de s’installer pour nous offrir longtemps ce spectacle un peu magique.

20 octobre 2008

Fini

dave_liebman.jpgLe rideau est tombé samedi soir sur le Festival Nancy Jazz Pulsations, qui fêtait en 2008 son trente-cinquième anniversaire. Avant de penser à un bilan un peu plus approfondi, c’est le moment de se remémorer quelques temps forts de la grosse dizaine de soirées auxquelles j’ai pu assister : la fougue prometteuse de jeunes musiciens, tels que les pianistes Tigran Hamasyan ou Yaron Herman ; les flamboyances du Mega Octet d'Andy Emler ; la vibration, entre Bartok et Coltrane, de la Neffesh Music de ce grand monsieur qu’est Yochk’O Seffer ; la grâce qui semble habiter la musique de Dee Dee Bridgewater depuis qu’elle a choisi de conjuguer le jazz et ses origines maliennes ; l’éternelle jeunesse de John Mayall qui, à 75 ans, joue le blues avec l’énergie des premières heures ; l’énorme concert du saxophoniste Dave Liebman (notre photo) qui a littéralement soulevé le Jazz Club de la MJC Pichon, plein comme un œuf d’un public chaviré de bonheur.

09:30 Publié dans Vécu | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : njp, nancy, jazz