05 octobre 2011
Magique
Voilà une petite carte postale, souvenir d’une récente visite du Musée des Arts Premiers, un lieu né de par la volonté du plus anosognosique de tous les anciens présidents de la République qui, déjà à l’époque, avait la mémoire courte sur son passé récent mais vouait un culte à celle des très anciens. Pas grand monde du côté du Quai Branly, aucune attente aux caisses, juste les bonnes conditions pour une tranquille déambulation, souvent dans une demi-pénombre semble-t-il voulue par les concepteurs de ce site.
Forcément, je me suis attardé sur les instruments de musique et j’ai été immédiatement séduit par ce joueur de sanza (originaire du Centrafrique), parfois appelé piano à pouces. On trouve de par le monde différentes déclinaisons de ce précieux objet : tout récemment, sa version Ougandaise, appelée kalimba, a été remise au (bon) goût du jour par Youn Sun Nah, qui illumine la célèbre chanson « My Favorite Things », tirée de la comédie musicale The Sound Of Music (en France, La mélodie du bonheur) que John Coltrane avait de son côté transfigurée un beau jour d’octobre 1960.
La voix de la chanteuse Coréenne, son interprétation émouvante, seule avec sa kalimba, sont un pur enchantement. Les images, quant à elles, vous expliqueront d’elles-mêmes le surnom de l’instrument.
Un peu de magie…
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07 juillet 2011
Un parfum d’éternité
Connaissez-vous ce phénomène un peu étrange – terriblement humain, sans nul doute – qui vous conduit vers telle ou telle musique selon l’heure du jour, la saison ou le temps qu’il fait ? Il est des artistes qu’on sollicitera plutôt un jour de soleil tandis que la grisaille siéra mieux à d’autres ; au petit matin, nos invités ne seront pas forcément les mêmes qu’au soleil couchant ; des musiques pour l’hiver, d’autres pour le printemps, dans une succession de mouvements harmonieux et inexpliqués. Et puis, dominant ces variations saisonnières ou journalières, se dessinent d’autres rythmes : de grands cycles, des univers qu’on veut parcourir dans toute leur immensité, en explorant dans une continuum méthodique – chronologique parfois – toutes les œuvres d’un musicien dont on se dit qu'il n’aura jamais fini de se livrer à nous. Comme par longues vagues pacifiques et créatives, pour nous nourrir, pour nous imprégner du sens qu’ils ont voulu donner à leur propre vie. Et que dire de cet univers « au-delà », celui des Maîtres, des référents, ceux-là même qui viennent un beau jour à notre rencontre pour devenir nos compagnons de toute une vie ? Finalement assez rares, ils sont autant de repères majeurs (qu’en aucun cas, je ne prendrai pour des guides car la tutelle spirituelle est toujours effrayante en ce qu’elle nous interdit de penser par nous-mêmes) pour nous qui ne devons jamais oublier de tourner notre regard vers le haut et tenter d’élever notre quotidien à un niveau qui surpasse la vulgarité ambiante, collée à nos basques.
Au cœur du petit noyau des très grands vers lesquels je reviens sans cesse, il y a John Coltrane. Tout récemment, je n'ai pas hésité une seule fraction de seconde quand il s'est agi d'évoquer l'Afrique nourricière, à l'occasion du rendez-vous estival du Z Band, le collectif de blogueurs jazzophiles dont je fais partie. Coltrane bien sûr… Chaque jour ou presque, j'ai une pensée pour cet extra-terrestre dont, voici près de trente ans, j’ai acheté un album ensorcelant, une galette de vinyle au son incomparable qui continue de ma hanter, encore et encore ? Coltrane, évidemment, et son hypnotique interprétation de "My Favorite Things"… Le saxophoniste fulgurant, à la puissance sans égale, dont j’ai empilé un nombre, sinon incalculable, du moins vertigineux, de disques inépuisables ? Coltrane, forcément…
Avec lui, j’ai appris la liberté de créer, le souffle mystique de l’inspiration, l’engagement total dans un art, l’expression d’une force surhumaine. Comme l’incarnation, non d’une vérité (quelle horreur !), mais de la plus totale fidélité à un idéal, exempt de toute vulgarité, gorgé d'une sève généreuse et habitée, dans un parfum d’éternité. Une musique qui touche à l'essentiel.
Respect absolu. Incitation à l’humilité.
Je ne veux pas en dire plus, parce que les mots peuvent s’avérer insuffisants pour exprimer. Si les miens peuvent simplement suggérer, alors ils auront déjà rempli une belle mission.
Je vous laisse en bonne compagnie, celle de John Coltrane et de ses musiciens (McCoy Tyner : piano, Elvin Jones : batterie, Jimmy Garrison : contrebasse, Eric Dolphy : flûte) enregistrés en 1961. Ils nous offrent une version (parmi beaucoup d’autres) de « My Favorite Things ».
21:53 Publié dans Entendu, Vécu | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : john coltrane, my favorite things |
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07 novembre 2010
Monautomne
J'ai hésité entre deux titres pour cette note d'humeur morose. Au départ, je pensais à Douleurs d'Automne et puis, en regardant la photographie prise cet après-midi quelque part dans la campagne des environs de Nancy, en m'apercevant de plus que sans avoir effectué le moindre réglage préalable de mon petit compagnon sino-japonais, j'avais capté un paysage qui semblait avoir perdu de lui-même toutes ses couleurs, faisant naître chez moi une très pénible sinistrose.

A l'évidence, je suis un dépressif automnal... Les effets désastreux de cette maladie chronique annuelle sont renforcés chez moi par une détestation toujours plus grande du climat lorrain. Du côté de par ici, l'été fait montre d'une mesquinerie sans égale, en pointant très timidement le bout de son nez à la fin du mois de juillet pour filer au loin dès le début du mois d'août. Et encore, pas tous les ans : j'ai connu des années sans été... Tout le reste de notre calendrier n'est qu'une immonde pataugeoire pseudo hivernale : grisaille, pluie, froid, nuages bas, vent d'est ou du nord. Ici, nous accueillons généreusement les dépressions venues de l'ouest qui semblent trouver chez nous un terrain propice à leur épanouissement, au point qu'après avoir très péniblement franchi la célèbre barrière plus connue sous le nom de ligne bleue des Vosges, elles nous reviennent toutes ragaillardies quelques heures plus tard sous la douce appellation de retours d'est. Saloperies...
Qu'on me donne les pleins pouvoirs ! Je supprimerai dès le premier jour par décret les mois de novembre, décembre, janvier... et même février, tant qu'on y est.
Et juste avant ma destitution, je m'autoriserai par ailleurs à expulser de notre territoire quelques nuisibles qui se vautrent sous nos yeux ébahis dans une indécente politique de caniveau... Chance dans notre malheur météorologique, avec toute la pluie qui tombe dans le coin, ils fileront très vite rejoindre les égouts dont ils n'auraient jamais dû s'extraire.
Et comme il me reste – tapi très profondément en moi – un vieux reste d'optimisme béat, et certainement stupide, j'imposerai comme hymne national cette version inoxydable de « My Favorite Things » par John Coltrane. On a fêté tout récemment les cinquante ans de cet enregistrement, qui constitue un remède très efficace à la morosité ambiante dont j'ai conscience de me faire l'écho aujourd'hui...
20:46 Publié dans Vécu | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : automne, lorraine, pluie, grisaille, froid, nuages, john coltrane, my favorite things |
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