31 décembre 2011

Fouinons !

musique, franpi sunship, école de canterbury, jonathan coe, citizen jazzAu départ, j’avais envisagé un texte d’énervement. Normal, quand on vit à peu près connecté au monde qui nous entoure et qu’on assiste au triste spectacle de la politique et aux agitations d’une clique plus encline à préserver ses privilèges qu’à se pencher sur l’épineuse question du bien commun et d’une nécessaire solidarité. Ce matin encore, j’entendais un vieux cheval de retour, sorti de l’obscurité dont il aurait mieux fait de ne pas s’extraire, appeler de ses vœux la formation en France d’un gouvernement technique dès le début du mois de janvier. Ah, le gouvernement technique : la nouvelle sucette dont nos chers et néanmoins incapables dirigeants viennent de s’emparer et qu’ils tètent goulûment. Son goût sucré semble garantir le bonheur, notre bonheur, pour les temps à venir et les dispenser de réfléchir. Ils avouent de fait leur propre mise hors jeu, oubliant toutefois d’exclure de leur proposition le coût exagéré de leur rétribution. Le bougre y allait même de ses suggestions ad hominem pour remplacer l’actuel politicien glissé dans le costume du premier ministre : Michel Camdessus, Pascal Lamy ou Jean-Claude Trichet. Un technicien vous dis-je !!! Pas un élu, non, un type qui s’y connaît en rouages de l’économie (et comme on le voit, ces braves gens susnommés ont parfaitement réussi jusqu’à présent). J’avais la désagréable impression que mon vieux bourrin des urnes, sachant la cause de son camp un peu perdue, nous suggérait même entre les lignes qu’une élection n’était peut-être même pas la solution idoine en ces temps de forte rigueur. Une élection ? Pour quoi faire ? Laisser le peuple donner son avis ? Allons donc !

Bref, je voulais m’énerver un peu, déverser mon semblant de rage sur le locataire (j’ai bien dit locataire, quoique parfois celui-ci semble se confondre avec le propriétaire) de l’Elysée, mais il se trouve que mon camarade Franpi a déjà largué ses bombinettes. Avec un talent infiniment supérieur au mien. Je vous invite donc à visiter son blog et lire sa petite charge qui, à défaut de renverser la triste situation dans laquelle nous nous trouvons, fait beaucoup de bien !

Vous pourrez lire dans sa conclusion un repli vers un refuge musical : lui comme moi ne sommes pas dupes, mais après tout, faut-il tout abdiquer au nom d’un principe de réalité et refouler nos propres élans vers des créateurs qui sont autant de résistants ? Je répondrai d’autant plus par la négative qu’alors que mon collègue allait faire un tour du côté de la musique de John Greaves, j’étais parti de mon côté revisiter les passionnantes contrées de la musique dite de l’école de Canterbury (nous en reparlerons plus tard si vous le voulez bien ; pour résumer, il s’agit d’un mouvement musical né à la fin des années 60 dans le sillage de ces sacrés explorateurs qu’étaient les fondateurs du groupe Soft Machine).

La nostalgie comme remède aux noirceurs de l’actualité ? Même pas ! En réalité, c’est la lecture du Cercle Fermé de Jonathan Coe qui m’a incité à réécouter ces disques que je possède pour la plupart depuis plus de trente ans. L’auteur y cite le groupe Henry Cow ainsi qu’Hatfield & The North. Il se trouve même que ce livre est le second volet d’un diptyque dont la première partie a pour titre original The Rotters’Club (en français Bienvenue au club) en hommage à Hatfield & The North (The Rotter’s Club étant le nom du second album du groupe). Alors j’ai enchaîné les écoutes, en passant par Robert Wyatt, Matching Mole, Caravan ou National Health. Que du bon, du vieux mais du bon qui fait du bien par où il passe. Ces types-là avaient inventé un univers aux confins du jazz et du rock, dans un mouvement d’invention sinon perpétuel du moins assez frénétique. Encore une de ces folies que la décennie 1965-1975 aura vu naître.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela ? Probablement parce que nous sommes le 31 décembre et qu’il est d’usage de souhaiter à chacun de vous le meilleur pour les temps à venir. Ce que je fais ici bien volontiers. Comme le dit souvent un ami : pain, amour, santé et fantaisie ! Et qu’au moment de tourner la page de l’année 2011, j’avais envie, très fugitivement, de partager un vieux coup de cœur avec vous, de vous encourager, chacun de votre côté, à ne pas mettre de côté vos passions et à en parler avec les mots de l’enthousiasme, celui qui nous fait un peu défaut en ce moment.

Peut-être qu’un échange de type culturel (j’écris le mot en italiques à dessein) et passionné autour de la musique, de la littérature, de la peinture, du cinéma ou de ce que vous voudrez… ne remplira pas les assiettes de ceux qui tirent le diable par la queue. Peut-être. Mais que nous restera-t-il si nous ne produisons pas ce petit effort consistant à fouiner un peu partout dans les recoins de la connaissance pour nous sentir un peu moins petits ? Pas grand chose.

Alors je vous souhaite d’avoir l’élan fouineur et de bien vouloir répandre autour de vous un peu de ce que vous aurez pu récolter. Un acte simple de résistance.

PS : très accessoirement, je prends ici la résolution d'une contribution encore plus active au magazine Citizen Jazz pour l'année 2012.

03 janvier 2011

Nord-Sud

cover.jpgDans ma précédente note, j'ai évoqué parmi les vingt disques que j'avais sélectionnés* pour l'année 2010 un album à paraître... à la fin du mois de février 2011 chez Label Bleu, le très beau Canto Negro du Nord-Sud Quintet du contrebassiste Henri Texier, ce grand monsieur qui me fait l'honneur d'être devenu un ami. En deux ou trois lignes, je laissais entendre qu'il s'agissait, une fois encore, d'un disque magnifique (et ce n'est pas là une flatterie de ma part, mais juste le constat de cette bienfaisante chair de poule qui vous gagne très vite à l'écoute de sa musique), dont je parlerai dans quelque temps, au moment de sa sortie, sur Citizen Jazz. Entre temps, il me faudra avoir entrepris l'ascension d'un redoutable sommet, celui que constitue aujourd'hui la pile de disques qui me restent à chroniquer. Mais nous sommes au début du mois de janvier, c'est le temps des résolutions, les miennes sont bonnes et ce travail d'écriture constitue ma priorité. C'est dit...

Je pense qu'Henri Texier ne m'en voudra pas de citer un extrait du message qu'il m'a envoyé après la parution de ma sélection. Il tenait à me remercier pour cette "pré-chronique", faisant par ailleurs état de ses interrogations, en cette période si difficile pour les artistes.  "C'est vrai que je suis connu, mais il faut toujours défendre son univers et franchement ce n'est pas facile... Je serais très heureux que cette nouvelle facette du Nord-Sud puisse exister...".

Voilà qui me paraît justifier, plus que jamais, le combat que nous devons tous mener, chacun à la mesure de ses moyens, afin de résister à l'utilitarisme au quotidien qui semble devenu la règle de conduite de nos sociétés, pour le profit d'une minorité cynique et inconséquente, écrasant de tout le poids de sa stupidité financière des peuples entiers, victimes d'une dictature perverse et non assumée. A nous, en effet, de défendre tous ces Nord-Sud, ces magiciens funambules qui, par leur expression, cherchent à nous élever, à nous maintenir dans un état de vigilance dont on sent bien qu'il devient désormais, plus qu'un nécessité, un réflexe de survie.

Alors oui, mon cher Henri, mais aussi vous tous qui avez décidé d'emprunter ces chemins de traverse si chaotiques de l'art, nous sommes là, avec nos petites mains, avec nos voix parfois à peine audibles, à vos côtés pour vous encourager et vous faire savoir que vous existez et que nous avons impérativement besoin de vos élans créatifs.

Car plutôt que de s'enfoncer dans une stérile morosité, il est bon aussi de retrousser ses manches et de savoir dire non. Un non qui veut dire oui à la défense de l'intelligence !

* Il va sans dire qu'aussitôt ce texte publié, ma petite liste s'est avérée bien partielle car bon nombre de disques me sont revenus à l'esprit...

15 juillet 2010

Demain

Il est possible que la période estivale – bientôt les vacances, allez savoir pourquoi j'y pense des mois à l'avance et qu'une fois venues elles me mettent dans un étrange état d'inquiétude – favorise le relâchement, relatif toutefois, de ce blog. Non par une volonté d'inactivité de ma part, mais plutôt parce qu'il m'est impossible d'être ici et là en même temps.

N'étant finalement qu'un bipède humanoïde banal, je me sens partagé entre le désir ludique d'alimenter régulièrement ces pages et la nécessité joyeuse de mener à bien un objectif que je me suis assigné depuis quelques mois : finir d'écrire, puis peaufiner durant l'été la bonne cinquantaine de mini portraits que je dois rédiger pour l'exposition « Portraits Croisés » qui m'associe à mon pote photographe Jacky Joannès. Pour chacun des instantanés – toujours très beaux, mon complice ayant conservé par delà les années un regard d'enfant en perpétuel état d'émerveillement face aux artistes – quelques lignes qui raconteront une petite histoire. J'espère réussir dans cette entreprise et contribuer à donner un peu de bonheur à celles et ceux qui viendront voir notre travail à la Médiathèque de Laxou du 6 au 23 octobre prochains. De toute façon, je n'ai plus le choix, cette exposition a fait l'objet d'une annonce officielle dans le dossier de presse du trente-septième Nancy Jazz Pulsations. Ah oui, j'avais oublié de vous préciser que les portrai(tor)turés sont des musiciens, pour la plupart captés lors de NJP depuis plus de trois décennies. Étrange aussi d'observer, que dis-je, de ressentir que cette « matérialisation » de ce qui n'était jusque là qu'un projet vient injecter perfidement dans mes veines sa petite dose de stress... Une douce torture, cependant, un exercice de double admiration. Et une manière de dire merci aux musiciens.

En écrivant ces lignes, en évoquant l'idée d'un remerciement, je repense instantanément à la soirée du 25 juin, lorsque dans le cadre du festival Vand'Jazz, le Bernica Octet dirigé par François Jeanneau avait partagé la scène du Centre Culturel André Malraux de Vandœuvre-lès-Nancy avec le chouette saxophoniste anglo-américain Will Vinson. Juste avant le concert, j'étais attablé avec un homme charmant, le guitariste Denis Moog. Le vin rosé était frais et bienvenu, les macarons délicieux et la conversation très chaleureuse.

denis_moog.jpg
Denis Moog avec le Bernica Octet au Festival Vand'Jazz © Jacky Joannès

Chacun de nous deux s'est livré à son propre exercice de reconnaissance : mélomane et rien d'autre, je me devais d'expliquer à celui qui allait monter sur scène quelques minutes plus tard que l'écriture d'un texte ou d'une chronique consacrée à un disque ou un concert est la seule arme dont je dispose aujourd'hui pour rendre une part très infime de ce que les musiciens m'ont apporté depuis l'enfance. Lui, de son côté, exprimait une passion intacte et communicative.

Incapable d'extraire quelque note que ce soit – même celle de l'horrible flûte à bec des années collège – et totalement inhibé par le génie de mes idoles, je n'ai jamais eu le courage d'imposer à la musique sa plus cuisante défaite, celle qui aurait été occasionnée par ma contribution à la diffusion d'un art majeur dans la sphère familiale sous la forme de l'erreur grossière consistant à tenter vainement de produire le moindre son en public. J'ai cessé toute activité de ce genre en 1963 – j'avais cinq ans – lorsque mon institutrice, probablement dure d'oreille et sous le charme de ma précocité scolaire, avait trouvé bienfaisante l'idée de m'exhiber d'une classe à l'autre, jouant mécaniquement « L'hymne à la joie » ou « Les enfants du Pirée ». Même mon pauvre Mélodica, cadeau ultérieurement trouvé un soir de Noël au pied d'un sapin, n'a jamais voulu que je lui fasse l'injure de lui extorquer quoi que ce soit d'autre que le clic ou le clac produit par l'ouverture et la fermeture du bouton pression de son étui en plastique vert. Je suis un amusicien, le a étant ici, on l'a compris, privatif.

Oh je n'ai pas dit toute cela à Denis Moog, c'est là une digression postérieure qui traduit mon état d'esprit permanent. Je me suis contenté de lui faire part de mon souci d'écrire au plus juste les émotions et les vibrations que me procure la musique et de ne pas perdre inutilement mon temps à émettre des jugements négatifs. J'écris dans le seul but de partager le plaisir.

Après m'avoir fait part de celui qui est le sien à travailler aux côtés de ce septuagénaire flamboyant et toujours inventif qu'est François Jeanneau, mon partenaire de bavardage a tenu à souligner l'importance que peuvent revêtir les récepteurs que nous, simples mélomanes, sommes, en ce sens que nous venons enrichir et donner tout son sens au travail d'émetteur qui est celui des musiciens.

J'ai envie de le croire, j'ai besoin de savoir qu'à ma modeste place, je peux apporter une pierre – un caillou me suffirait, d'ailleurs – à ce magnifique édifice qui a pour nom musique. Et je veux bien poursuivre dès que possible ce dialogue impromptu avec lui. S'il dit vrai – je lui fais totale confiance sur ce point comme sur les autres – alors je peux continuer et me dire que chaque jour doit être celui d'une possible découverte, d'une nouvelle émotion, d'une absence de calcul dans le partage des instants d'éveil. La meilleure façon pour moi de me tenir debout et de ne pas me résigner tristement à seulement contempler le spectacle de la médiocrité du quotidien. Tomorrow will be another day...

11 juillet 2010

Renaissance

cale_clapton.jpgAllez comprendre... Il m'arrive parfois d'être surpris par mes propres émotions musicales tant elles pourraient sembler irréductibles les unes aux autres. Moi le Coltranien quasi-obsessionnel, le rédacteur un peu maniaque (et, ce faisant, pas toujours aussi productif qu'il le souhaiterait) de Citizen Jazz, le mélomane non pratiquant en quête névrotique de sensations fortes et toujours prêt à se laisser embarquer vers des contrées dont il lui plaît d'ignorer par avance la géographie, je ne peux me résigner à me repaître uniquement de ces nourritures puissantes dont la digestion nécessite parfois qu'on les ingère non sans patience et précaution. Car je m'épanouis aussi – j'espère être pardonné ! – sur des chemins beaucoup mieux balisés, dont je connais par cœur le point de départ et l'itinéraire en général rectiligne.

C'est l'un et l'autre.

Je viens par exemple de consacrer beaucoup de temps à écouter la musique d'Olivier Greif, une œuvre hantée de mysticisme et sur laquelle semble planer en permanence une interrogation inquiète de la mort : Meeting Of The Waters, The Battle Of Agincourt, Sonate de Requiem, pour citer de récents achats dont je ne cesse de me féliciter (vous avez bien lu : acheter un disque.. quelle drôle d'idée !).

Comme par un mouvement de balancier intérieur auquel je ne peux me soustraire, j'éprouve – quelque temps plus tard – une nécessité sereinement teintée de rock, de folk ou de blues. Une envie de revenir en arrière, à cette époque où je découvrais jour après jour de nouveaux disques sous la guidance méthodique et cultivée de mon frère. Le temps de l'adolescence, des émerveillements, d'une certaine volonté aussi d'ignorer les vicissitudes de notre monde vulgaire, partant de l'idée que le jour de l'affrontement avec la réalité viendrait bien assez vite. Une plongée dans l'innocence.

Il y a dans cette alternance de temps forts et de moments musicalement sécurisés comme une exigence permanente d'un retour aux sources, celle d'une impérieuse renaissance sans laquelle la grisaille du quotidien serait trop envahissante, étouffante même.

Une respiration vitale. Un luxe, certes, mais un précieux recours... So precious...

Après Olivier Greif et son classicisme atonal et parfois sériel, après ses inspirations de feu et de glace, j'ouvre aujourd'hui en grand les fenêtres pour découvrir un paysage brûlant, mais de la caresse d'un soleil généreux. Je suis on The Road To Escondido, et je cherche la revitalisation par un simplissime « Danger », en compagnie – excellente au demeurant – de J.J. Cale et Eric Clapton (vous pouvez l'écouter un peu plus bas, ne vous en privez surtout pas).

Danger
She's out into the night
Danger
She's such a pretty sight
She was treated so badly it seems
Now she's looking full of dreams
Danger
She's out into the night

Aucune fioriture, rien de vraiment neuf dans cette musique qui balance tranquillement, une invitation mélodieuse à la contemplation qui ne m'inspire aucun sentiment de culpabilité, parce que toutes les musiques se valent quand elles sont habitées par une âme généreuse...

Bien qu'enregistré en 2006 – il est par ailleurs la dernière apparition de l'organiste Billy Preston – ce disque pourrait avoir été publié trente ans plus tôt et n'apportera probablement rien à l'histoire de la musique contemporaine.

Qu'importe ! Les deux lascars expriment au mieux une certaine idée de l'épure. Si deux notes sont nécessaires, pas besoin d'en jouer trois. Si un chorus de guitare se laisse deviner parce qu'il a un petit air de déjà entendu, c'est tant mieux, on ne demande rien d'autre. On ne veut pas subir un effet de surprise : bien au contraire, on veut revivre ce qu'on a déjà vécu. Et bien que signé Cale – Clapton, ce disque doit énormément au premier qui compose la quasi totalité de ces songs et y imprime sa marque très particulière, celle d'un flegme faussement somnolent qui est devenu sa carte d'identité au gré des albums.

J'aurais pu choisir d'autres exemples, ils ne manquent pas par ici. Il faudra d'ailleurs, puisqu'on évoque une certaine musique américaine, que je vous dise deux mots d'un disque quasi introuvable aujourd'hui et qui me procure des sensations identiques. Son auteur a eu l'extrême gentillesse de me le faire parvenir : Métropolitain, du guitariste Alain Bellaïche, très bien entouré à l'époque – celle des années 70 – de grands messieurs ayant pour nom Alain Renaud ou Nils Lofgren est en effet une petite perle où se croisent avec bonheur les influences de Crosby, Stills, Nash & Young, The Doobie Brothers ou encore mon Hot Tuna fétiche. Mais j'y reviendrai, parce que tout ceci mérite bien plus qu'une rapide conclusion à cette note un peu existentielle.

En attendant... goûtez tranquillement la saveur de ce chouette « Danger » ! Et laissez-vous aller à ces quelques minutes d'un revitalisant carpe diem musical.

05 juillet 2009

Sélection

vacances.jpg

Eh oui, ici aussi, on appuie sur la touche Pause ! Non que je m'éloigne de mes petits travaux d'écriture (j'irais même jusqu'à penser que ceux-ci vont m'occuper encore un peu plus qu'à l'accoutumée), ni que je ressente un quelconque sentiment de lassitude vis-à-vis de mes lignes quotidiennes, mais j'arrive à la lisière d'un nouvel espace qu'il va me falloir investir de manière organisée. Je dois aussi trouver un nouveau sens à mon blog. Par conséquent, le repos s'impose et je reviendrai faire un petit tour par ici durant la deuxième quinzaine du mois d'août.

Néanmoins, j'aimerais profiter de cette interruption momentanée de mes services pour vous proposer une petite sélection musicale. Sept disques publiés au cours du premier semestre de l'année et qui ont pour autres points communs d'avoir été enregistrés sur notre scène jazz hexagonale et d'être le fruit de la créativité de musiciens qui savant s'affranchir des frontières, que celles-ci soient artistiques, géographiques ou culturelles. En cette période dite de crise (de la finance, du marché du disque, de tout en fait...), se rendre compte que les artistes conservent toute leur force d'imagination est tout de même un peu rassurant. Qu'ils en soient ici remerciés et qu'ils sachent que je vais consacrer le maximum de mon énergie à défendre leur cause et assurer leur promotion, dans la limite de mes moyens, bien sûr.

ONJ Yvinec, Around Robert Wyatt : salué unanimement, ce beau projet, qui mêle voix enregistrées sur lesquelles ont été posés les arrangement signés Vincent Artaud, est exécuté de main de maître par une jeune formation pour célébrer le grand Robert Wyatt. Un de chocs musicaux de l'année.

Surnatural Orchestra, Sans Tête : ce super big band qui pratique le sound painting, fait tout exploser sur son passage et offre au public un double CD live ébouriffant qui ne se contente pas d'être un disque, mais aussi un bel objet pour collectionneurs. Indispensable.

Louis Sclavis, Lost On The Way : à cinquante-six ans, le saxophoniste clarinettiste lyonnais n'a jamais été en aussi grande forme. Ce disque, qui nous emmène dans les pas d'Ulysse, est - je me risque à une assertion lapidaire - à n'en pas douter, son meilleur.

Bozilo, Live : BOjan Z (piano), Karim ZIad (batterie), Julien LOurau (saxophone), nous emmènent pour un voyage inter continents et allient un lyrisme flamboyant à une imagination sans pareille. C'est un trio majeur, que chacun d'entre nous peut rêver de voir sur scène.

Pierrick Pedron, Omry : encore un disque choc, signé d'un saxophoniste surdoué qui déjoue les pronostics en célébrant tout à la fois l'orient (Oum Kalthoum) et son amour pour le rock progressif des années 70, et celui de Pink Floyd en particulier. Hyper mélodique, parfois électrique, toujours inspiré, ce disque vous entre dans la tête pour ne plus en ressortir.

Volunteered Slaves, Breakfast in Babylon : Olivier Temime et sa belle bande d'esclaves volontaires mettent le feu au dance floor en trempant leur jazz dans la soul music et l'afro beat. Oh que ce disque fait du bien en ces temps grisâtres ! Une musique pour gourmands, une cuisine roborative parfumée à la pêche.

Renaud Garcia-Fons, La Linea Del Sur : pas à pas, le contrebassiste catalan dessine son chemin illuminé, élégant et nourri d'influences méditerranéennes, espagnole en particulier. Indémodable, les yeux levés vers le ciel.

24 juin 2009

Evolution

Certains prennent de bonnes résolutions à la rentrée, d'autres font le bilan d'une année qui s'écoule pour préparer la suivante. Je fais partie de la deuxième catégorie et je me rends compte que je vais devoir réorganiser mon travail d'écriture dès cet été. Si la satisfaction d'un blog quotidien est réelle - et même si mes textes ne sont pas tous impérissables, loin s'en faut - je suis plutôt mécontent de la qualité de ma participation au magazine Citizen Jazz, parce que la défense de la musique mérite mieux que les quelques textes que j'aurai réussi à écrire alors qu'il y a place pour beaucoup plus ! Il faut que je densifie de ce côté-là, voilà qui ne fait aucun doute. Surtout qu'un autre projet est en cours, celui d'une exposition, un projet que j'ai soumis à un ami au mois de février et que nous mettrons sur pieds au mois d'octobre 2010 dans une médiathèque. Lui, photographe professionnel ayant traîné ses objectifs sur les scènes du Nancy Jazz Pulsations depuis des décennies, et moi, écriveur dilettante et digressif, allons unir nos efforts. Il va nous falloir sélectionner les portraits d'une quarantaine de musiciens sur lesquels viendront se poser des textes de mon crû et commencer très vite ce beau boulot. Et déjà, dans ma tête, les premières phrases qui commencent à tournicoter...

Pour mener à bien ces missions (auxquelles je peux ajouter la participation à un collectif de blogueurs à production trimestrielle), je dois prendre un nouveau rythme, qui devrait être hebdomadaire. Chaque semaine : un texte pour mon blog, un texte pour Citizen Jazz, un portrait de musicien pour l'exposition. Mes élucubrations vont s'espacer un peu dans le temps, mais resteront inscrites dans mes priorités. Ça devrait le faire, comme disent les djeunzs...

13 juin 2009

Candide

jardin_maison_rose.jpgPour une fois, j'aimerais à travers ces quelques lignes vous recommander la lecture d'un autre blog, passionnant, celui de Françoise Rebinguet : dans une note appelée « Une culture de jardin de curé », elle propose une comparaison entre la manière dont elle a construit sa culture personnelle (musicale et littéraire) et celle dont elle et son mari ont fait vivre leur jardin au fil des années, comment ils ont fait preuve d'une patience infinie pour le laisser vivre en liberté à peine contrôlée. C'est intelligent, très sensible et riche en arômes et couleurs. Allez donc y faire un tour, vous ne le regretterez pas.

On imaginera qu'à la lecture de ce beau texte, j'ai cherché à appliquer cette démarche à ma propre expérience et noté des parallélismes mais aussi quelques différences significatives.

Oui, tout comme Françoise Rebinguet, ma culture répond assez fidèlement au désordre pas du tout contrôlé de la vie de son jardin de curé, à ses essais plus ou moins fructueux, sa végétation qui prolifère sous les tentatives anarchiques de l'autodidacte "la truffe en l'air" que je suis. Rien n'est construit ni planifié. Jamais, seules les impulsions me guident et les formatages me navrent parce qu'ils s'apparentent à la mort. Tout cela forme un sacré bazar parfois (ce que j'appelle parfois mes litté-ratures) au beau milieu duquel je me démène comme un pauvre diable, angoissé à l'idée de tout ce que je n'aurai pas le temps de connaître ou en pensant que bon nombre de promesses que je me fais intérieurement ne seront jamais tenues (comme, par exemple, relire tous les bouquins de tel ou tel écrivain ou réécouter ces centaines de disques qui s'accumulent, sagement alignés sur leurs rayonnages).

Mais l'aménagement de notre jardin - qui n'est pas de curé car il n'est pas ceint de quatre murs, encore que la végétation qui le clôt en constitue un bon et naturel substitut - fait l'objet de notre part d'une attention très particulière, en opposition assez forte avec celui de notre blogueuse qui éprouve, elle, un plus fort besoin d'ombre et de prolifération. Vivant en Lorraine, nous avons tout d'abord éclairci cet espace formant un carré de dix mètres de côté, pour y faire rentrer le maximum de lumière : arrachage d'un bouleau pleureur envahissant et ombrageux, domestication d'un rideau de charmilles dont la pousse est désormais contrôlée à une hauteur très raisonnable, redressement d'un sureau qui voulait vivre sa vie dans le jardin du voisin, élagage d'un érable menaçant de devenir gigantesque, installation d'une terrasse naturelle en bois de mélèze, mise en valeur des pierres, coloration impressionniste de l'ensemble au moyen d'une pelouse, de différentes variétés de roses, de framboisiers, de plans de tomates. Un ordonnancement réel, nécessaire, mais sans rigueur excessive, qui contraste assez franchement avec mes quelques connaissances, plus anarchiques que jamais.

Et ça ne va pas s'arranger...

08 mai 2009

Procuration

mjb_nouveau_casino.jpg
Photo : Mad Jazz Girl

Être père d’un musicien, en 2009, n’est pas forcément un statut de tout repos, parce que les questions se bousculent au portillon : en ce monde troublé qui n’accorde pas aux artistes* la place qui devrait leur revenir, n’aurait-il pas mieux valu inciter son propre fils à choisir une autre voie ? A quoi sert-il d’être musicien, puisque tout doit désormais être quantifié, évalué, rationalisé ? L’art, l’irrationnel, la dimension poétique de l’individu ont-ils encore cours dans la sécheresse économique des discours ambiants ? Ces questions, je me les pose, chaque jour… Mais elles sont souvent balayées par les échos des scènes, ces commentaires qu’on vous fait parvenir et qui vous confirment que, probablement, vous n’avez pas eu tort dans vos choix de parents. Si, vous avez tort parfois, mais d’être absent ! Comme tout récemment, sur une scène parisienne dont vous ne connaissez que ce fugitif cliché vous laissant deviner des heures hautes en couleurs que vous devez vous contenter de vivre par procuration.

* J’ai de ce mot une définition suffisamment restrictive pour ne pas y inclure un certain nombre de faiseurs et d'imposteurs qui occupent malheureusement une place bien trop importante…

25 février 2009

Paradoxal

Elle est bien étrange, en effet, la situation du disque... Car c'est évident, il y a un problème : les ventes diminuent, le téléchargement sauvage fait des ravages, c'est bien d'un bouleversement majeur qu'il s'agit. Analyser les causes de ce phénomène d'ampleur mondiale nécessiterait beaucoup plus que les quelques lignes de ce blog quotidien, tant les raisons sont multiples (et les fautifs pas toujours ceux qu'on croit...), mais je reste avant tout surpris qu'à ce jour, la production discographique soit d'une telle richesse, même s'il faut s'armer de beaucoup de courage et de pugnacité pour débusquer les pépites. Rien que dans l'univers du «jazz» (je mets des guillemets parce que ce terme recouvre énormément de musiques très différentes sous un seul mot), je me régale depuis quelques jours de nouveautés très réjouissantes : le nouveau disque de Pierrick Pédron (Omry), celui d'Eric Legnini (Trippin') ou de Marc Ducret (Le Sens de la Marche), l'ovni sonore du Surnatural Orchestra (Sans Tête), les galettes enchantées de Renaud Garcia-Fons (La Linea Del Sur) ou Henri Texier (Love Songs Reflexions)... pour n'en citer que quelques uns. Autant de petits bonheurs qui vous gonflent d'énergie en ces temps difficiles et vous dispensent de trop regarder dans le rétroviseur de tous ces disques, tous les autres, qu'on n'aura plus le temps d'écouter... Hommage, une fois encore, aux musiciens qui se battent, note après note, pour qu'une sphère de l'art soit préservée dans notre monde de l'immédiateté.

 

23 janvier 2009

Ecrin

Ah, le retour du vieux con qui sommeille en moi... Il s’est réveillé, tout à l’heure, en pleine rue, alors que je venais de croiser quelques adolescents dont les téléphones portables crachouillaient bruyamment un vague ersatz d’une musique ronronnante et insipide, répondant ainsi parfaitement aux besoins du marketing contemporain. Aussitôt m’est revenue en mémoire cette époque – pas si lointaine – où, au même âge, comptant les pièces de monnaie une par une, j’investissais la totalité de mon argent de poche et autres subsides calendaires dans l’achat d’un électrophone stéréo qui constituait un progrès gigantesque dans la reproduction du son de mes quelques disques vinyles. Des galettes sélectionnées avec soin après la lecture attentive de deux ou trois revues spécialisées nous ouvrant les portes d’univers musicaux différents des mouvements en vogue. Pour parfaire la panoplie, il y avait aussi ces casques futuristes qui nous propulsaient encore plus loin, au cœur même de la musique, lui offrant ainsi le plus bel écrin possible. Chers objets, objets chers. Si belle musique que j’étais fier de débusquer par mes propres investigations, je m’en sentais un peu comme le dépositaire, elle était un trésor à préserver à tout prix. «The times, they are a changin’…». Allez, zou, le vieux con repart dans sa tanière.

Toutes les notes