16 juillet 2011

Thank You Friend

françois cahen, zao, yochk'o seffer, magma, citizen jazz

Il n’aura pas eu le temps de souffler ses 67 bougies. Né le 24 juillet 1944, le pianiste François Cahen vient de nous quitter, victime d’une crise cardiaque. Retour en quelques mots sur un grand monsieur dont les expériences musicales de ces quarante dernières années auront été autant de belles aventures.

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Je compléterai cette note par une évocation plus personnelle qui nous fait remonter au milieu des années 90, si mes souvenirs sont exacts. Je me trouvais ce jour-là à Paris pour des raisons professionnelles et j’avais choisi, à l’heure du retour, de rallier à pied la Gare de l’Est. En passant à proximité du Duc des Lombards, j’aperçus une silhouette familière : François Cahen, avec ses faux airs du chanteur Carlos (le talent en plus, évidemment). Disposant d’un peu de temps avant de monter dans le train, j’étais allé à sa rencontre, histoire de lui dire combien sa musique m’avait accompagné. Nous avons parlé de Magma, bien sûr, mais aussi de Zao, fascinante expérience marquant sa complicité avec le saxophoniste Yochk’o Seffer. Homme particulièrement chaleureux, Faton m’avait aussitôt proposé de m’inviter au concert qu’il donnait ce soir là au Duc. On imagine mon émotion mêlée de la déception d’être obligé de la décliner, étant attendu à 300 kilomètres de là. En le quittant, j’ai perçu, de manière assez intense, que l’homme et sa musique ne faisaient qu’un : un cœur gros comme ça ! Ce cœur qui s’est trop vite arrêté de battre.

En hommage à François Cahen, écoutons l'une de ses compositions : "Isis", extraite d'Osiris, deuxième album de Zao. Presque dix minutes de bonheur...

podcast

François Cahen
(claviers), Yochk'o Seffer (saxophone), Joël Dugrenot (bass), Jean-My Truong (batterie).

02 mai 2011

Alien - Antibes 1983

alien_trio_1983.jpgIl faut d’abord s’attarder sur la pochette : Christian Vander, mystérieux comme toujours, presque inquiétant, semble sonder de son glacial regard d’acier le mystère de la vie, cette vie si précieuse qui, en cet été 1983, n’a pas encore filé entre les doigts virtuoses des deux musiciens habités par la grâce qui l’entourent. Alby Cullaz et Michel Graillier posent à ses côtés dans une posture plus décontractée, pour ne pas dire plus humaine, préfigurant ce que traduit la musique. Une opposition formelle – la démesure du batteur face à la liberté décrispée de ses compagnons – dans une complémentarité d’esprit que, peut-être, Vander n’atteindra jamais plus au sein de ses différentes expériences sur la scène jazz.

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24 mai 2009

Quintessence

SJCD-2005_h1_04.jpgMagma. Oui, encore Magma. Parce qu'au détour de la publication de « Live in Tokyo », un double CD enregistré en 2005 et disponible uniquement en ligne sur le site de Seventh Records ainsi que dans les bacs des disquaires japonais, le groupe nous fait un très beau cadeau avec une monumentale version pour voix et piano d'une trilogie Theusz Hamtaahk condensée en 50 minutes : une interprétation des Voix de Magma qui vient s'installer très très haut dans le palmarès discographique de la planète Kobaïa. Dépouillée de sa charge électrique, livrée à elle-même sans l'appui d'une batterie qu'on sait d'habitude déferlante et hypnotique, la musique de Christian Vander est proposée là dans ce qu'elle a de plus essentiel, de plus vital. Pas une seconde de cette musique qui ne soit transcendée par la foi brûlante de son compositeur, qui nous gratifie, soit dit en passant, d'un magnifique « Nebëhr Gudahtt » où le chanteur est à son zénith, se livrant à l'exercice si redoutable du « scat kobaïen ». Un sommet dans l'histoire de ces 40 ans de musique.

Le disque propose également une version électrique de « K.A », beaucoup moins indispensable dans la mesure où Magma nous en avait proposé une très belle captation sur l'un des DVD de la série Mythes & Légendes, à peu près à la même époque.

Mais ces Voix de Magma justifient à elles seules l'achat du disque, qui n'est pas à réserver aux seuls collectionneurs et autres inconditionnels, parce qu'elles constituent une belle porte d'entrée vers l'univers de la Zeuhl et propulsent la musique vers les sphères de l'intemporel.

podcast

09 avril 2009

Magmanoeuvre

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Au moins cette fois, Christian Vander ne pourra-t-il pas se plaindre de la manière dont les médias ont rendu compte du quarantième anniversaire de Magma. Le groupe aura fait la une de plusieurs magazines renommés (Jazz Magazine, Rock'n'Folk notamment), une kyrielle d'articles, dont une pleine page dans Le Monde, lui auront été consacrés dans la presse tant nationale que régionale. Même BFM TV s'y est collée qui lui a accordé quelques minutes d'antenne, c'est tout dire. J'en passe et des meilleures... Quant aux concerts du groupe, ils se multiplient comme les petits pains, avec une tournée au Japon et plusieurs scènes hexagonales prestigieuses : le Casino de Paris, l'Alhambra, les Francofolies de la Rochelle et le Festival de Jazz de Nice, dont Vander himself est cette année le parrain. Encore un effort et Magma va devenir un groupe à la mode. Et, comme diraient nos amis anglais, icing cherry on the cake, voilà que Philippe Manœuvre, rédacteur en chef de Rock'n'Folk, ci-devant juré de la Nouvelle Star, se met à arborer à l'antenne le T-Shirt de Magma, tout rouge avec la griffe ! On aura tout vu ! Pour avoir été un lecteur très assidu de ce journal dans les années soixante-dix alors qu'il n'en était à l'époque qu'une des plumes, je n'ai d'ailleurs pas le souvenir du moindre article commis par ses soins qui aurait été consacré à traduire sa passion pour le groupe... mais ma mémoire me trahit, probablement. Finalement, pour être certain de ne pas être victime d'un mirage, j'ai même été jusqu'à photographier mon écran. Si on m'avait dit ça un jour...

 

 

04 mars 2009

Paralysie

A chaque fois, c'est pareil... Voilà près de trente-cinq ans que ça dure et je ne parviens toujours pas à m'expliquer le phénomène dont je suis victime. Comme pas mal d'autres, d'ailleurs, si j'en crois quelques témoignages entendus ici ou là. Je reste toujours comme tétanisé - étrange paralysie physique et mentale - durant les jours qui suivent un concert de Magma. Pas moyen ni envie d'écouter quoi que ce soit d'autre (Coltrane peut-être, tout de même). Celui que nous avons vécu la semaine dernière à Nancy n'était peut-être pas le meilleur de tous ceux auxquels j'ai eu la chance d'assister depuis le premier -  c'était le 18 juin 1976, avec au violon un gamin de vingt ans appelé Didier Lockwood -  mais il véhiculait comme à chaque fois une telle dose d'énergie vitale, cette énergie que nous recevons de la musique et qu'en retour, nous brûlons nous-mêmes pour mieux intensifier l'échange avec les musiciens, que j'en suis ressorti comme vidé après un effort physique intense. Il faudra bien qu'un jour je parvienne à comprendre où Christian Vander puise cette force qu'il sait si bien faire rejaillir sur nous. Ce n'est pas faute d'avoir lu toutes les interviews qu'il a pu donner depuis quarante ans, mais le mystère demeure entier. Au point qu'on en vient à se dire que le temps passe, inexorablement, que les années s'ajoutent les unes aux autres et qu'il nous faut vivre chaque concert avec la plus grande intensité de peur qu'il soit le dernier... Dans les loges après ces instants hors du commun, Stella et moi avons résumé cette question en deux mots : «Carpe Diem».

01 mars 2009

Félicité

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Crédit photo © Jacky Joannès

Une foule tranquille s’est retrouvée hier soir dans le béton rouge vif de l’Autre Canal à Nancy. Après avoir fêté des «quarante ans d’évolution» deux semaines plus tôt au Casino de Paris, Magma passait par la Lorraine… Grand bien lui en a pris, car si le confort de la salle est… spartiate (quelques places assises seulement sur des gradins amovibles), l’acoustique est impeccable, ce qui reste un incomparable bénéfice pour les oreilles de tous (les conditions sonores dans la vieille salle de la rue de Clichy, deux semaines plus tôt, étaient beaucoup moins favorables, doit-on le préciser).
Une première heure durant, l’Infernal Machina de Jannick Top est venue déferler et délivrer ses climats oppressants, sombres, à la limite de l’étouffement. Si le disque éponyme paru l’an passé était passionnant, il y a quelque chose qui continue de gêner dans la version live du groupe, comme si la musique arrachait tout sur son passage, sans emporter vraiment, il faut le dire, l’adhésion. Une volonté de froideur du propos semble créer une distance presque infranchissable et il faudra chercher à comprendre ce filtre un peu opaque qui s’installe entre la musique et son public.
Magma, quant à lui, s’expose très naturellement à la lumière et offre pour commencer près de cinquante minutes de nouvelles compositions, dont un splendide «Félicité Thösz» qui souligne toutes les qualités de leader de Christian Vander : compositeur toujours inspiré, batteur à la précision surhumaine, chanteur incomparable, remarquablement soutenu par Stella qui, rarement, aura été autant mise en avant et dont la voix aérienne offre un parfait contrepoint à la force du groupe. Il y a quelque chose de rayonnant dans cette œuvre récente, un ensoleillement parfaitement souligné par un jeu de batterie qui privilégie la frappe des cymbales, dont on sait qu’elles ont toujours fasciné le créateur de Magma. Quant à sa conclusion chantée par Vander lui-même (un petit extrait est ici en écoute), elle est habitée, d’une double voix énigmatique qui alterne chant grave et chant haut placé. Cette dualité qui, probablement, est aussi l’identité du groupe depuis le premier jour.
Magma interprète ensuite sa version intégrale de «Ëmehntëht-Rê» dont la plupart des thèmes sont connus de longue date de tous les kobaïens, avant un final – tous gongs dehors – en forme de marche funèbre jusqu’à une ultime vocalise de celui qui s’est offert sans compter.
Il nous reste à nous envoler ensuite sur la planète «Kobaïa», cerise sur le gâteau, avec son chanteur originel, Klaus Blasquiz dont la puissance vocale reste étourdissante et, en salut intimiste, cette «Ballade» émouvante où Christian Vander, presque seul au chant, vient tutoyer l’étoile de son maître à jouer, John Coltrane.
Il est minuit.


21 février 2009

Anniversaire

Plus d'une demi-heure de musique inédite - une composition appelée "Félicité Thosz" - comme introduction à un concert face à une salle pleine durant trois soirées qui fait la part belle au chant et aux cymbales, voilà le beau cadeau que nous a offert Magma à l'occasion de ses concerts anniversaire au Casino de Paris. Le groupe fête en effet ses 40 ans et Christian Vander, dont le jeu de batterie n'a jamais été aussi juste tant chacun de ses gestes est d'une précision envoûtante, n'a pas fini de nous étonner. Son chant est tout aussi habité que son drumming et retrouve toute la magie de sa dualité grave-aigu qui reste une énigme pour beaucoup. A ses côtés, Stella est particulièrement sollicitée par le répertoire actuel et illumine la scène du début à la fin de sa voix de soprano. Une fin en forme de ballade (cf. photo) où le chant de Christian Vander s'élève vers des sphères coltraniennes, ses mains allant jusqu'à mimer un invisible saxophone soprano. Merci donc pour cette offrande et heureux anniversaire.

13 février 2009

Précoce

Aujourd’hui, première journée d’une escapade parisienne qui commencera ce soir en fêtant les 40 ans de Magma au Casino de Paris. Je vous raconterai… Mais en attendant mon compte-rendu, je ne peux m’empêcher de vous glisser ici une petite confidence : ma future petite-fille, qui ne saurait tarder à venir au monde, est déjà sensible à la musique de Christian Vander. Ce n’est pas moi qui le dis, mais sa maman, bien obligée de constater une inhabituelle danse de mademoiselle sa fille dès le retentissement des premières notes de K.A, que je faisais découvrir au futur papa. Bon sang ne saurait mentir.

07:15 Publié dans Vécu | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : magma, lucie |  Facebook | |

28 janvier 2009

Protecteur

magma_nancy.jpg
Comme si le temps s’était arrêté… Quarante ans après sa naissance, Magma est annoncé à Nancy pour un concert anniversaire et les premières affiches ont fleuri sur les vitrines. La griffe et la typographie sont restées telles qu’elles étaient dès le premier jour. Quant à l’énergie vitale du groupe, portée à bout de baguettes par son créateur Christian Vander, elle est intacte, à n’en pas douter. Au pied de la magnifique Porte de la Craffe, érigée au quatorzième siècle, l’histoire de France semble lancer un clin d’œil tutélaire à l’histoire de la musique.

Merci à Mad Jazz Boy pour sa photographie.

04 janvier 2009

Cohérent

one_shot.jpgLa discographie de One Shot – quatre disques enregistrés de 1999 à 2008 – constitue un ensemble parfaitement cohérent qu’il s’agit de découvrir en le considérant pour ce qu’il est : une fusion contemporaine de rock et de jazz aux couleurs souvent sombres dont l’énergie ne s’est jamais démentie au fil des années. Sa formation, inchangée depuis le début, semble le garant d’une belle unité de fond et de forme qui amène le groupe au meilleur niveau, celui d’une virtuosité jamais démonstrative, mise au service d’un propos techniquement irréprochable et artistiquement original. Et si le noyau du quatuor est intimement lié à la galaxie Magma (deux de ses membres font partie de ce dernier, le troisième fut compagnon de route de Christian Vander durant plus de 20 ans ; quant au quatrième, il serait étonnant qu’il ignore quoi que ce soit de la matrice kobaïenne…), on écoutera sa musique pour elle-même, parce qu’une paternité aussi forte risquerait de nous faire oublier qu’elle puise son inspiration à d’autres sources tout aussi puissantes : «Black P» par exemple, qui introduit le nouvel album Dark Shot (composé d’un disque studio et d’un DVD concert et interview), semble ainsi marqué d’une belle griffe crimsonienne, celle de la période Red du groupe de Robert Fripp. De quoi abreuver notre soif d’une musique à consommer sans modération.



One Shot : Emmanuel Borghi (claviers), Philippe Bussonnet (basse), Daniel Jand’Heur (batterie), James Mac Gaw (guitare).
Discographie : One Shot (1999), Vendredi 13 (2001), Ewaz Wader (2006), Dark Shot (2008).

Pour commander le disque, voir le site du Triton

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