07 novembre 2010

Monautomne

J'ai hésité entre deux titres pour cette note d'humeur morose. Au départ, je pensais à Douleurs d'Automne et puis, en regardant la photographie prise cet après-midi quelque part dans la campagne des environs de Nancy, en m'apercevant de plus que sans avoir effectué le moindre réglage préalable de mon petit compagnon sino-japonais, j'avais capté un paysage qui semblait avoir perdu de lui-même toutes ses couleurs, faisant naître chez moi une très pénible sinistrose.

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A l'évidence, je suis un dépressif automnal... Les effets désastreux de cette maladie chronique annuelle sont renforcés chez moi par une détestation toujours plus grande du climat lorrain. Du côté de par ici, l'été fait montre d'une mesquinerie sans égale, en pointant très timidement le bout de son nez à la fin du mois de juillet pour filer au loin dès le début du mois d'août. Et encore, pas tous les ans : j'ai connu des années sans été... Tout le reste de notre calendrier n'est qu'une immonde pataugeoire pseudo hivernale : grisaille, pluie, froid, nuages bas, vent d'est ou du nord. Ici, nous accueillons généreusement les dépressions venues de l'ouest qui semblent trouver chez nous un terrain propice à leur épanouissement, au point qu'après avoir très péniblement franchi la célèbre barrière plus connue sous le nom de ligne bleue des Vosges, elles nous reviennent toutes ragaillardies quelques heures plus tard sous la douce appellation de retours d'est. Saloperies...

Qu'on me donne les pleins pouvoirs ! Je supprimerai dès le premier jour par décret les mois de novembre, décembre, janvier... et même février, tant qu'on y est.

Et juste avant ma destitution, je m'autoriserai par ailleurs à expulser de notre territoire quelques nuisibles qui se vautrent sous nos yeux ébahis dans une indécente politique de caniveau... Chance dans notre malheur météorologique, avec toute la pluie qui tombe dans le coin, ils fileront très vite rejoindre les égouts dont ils n'auraient jamais dû s'extraire.

Et comme il me reste – tapi très profondément en moi – un vieux reste d'optimisme béat, et certainement stupide, j'imposerai comme hymne national cette version inoxydable de « My Favorite Things » par John Coltrane. On a fêté tout récemment les cinquante ans de cet enregistrement, qui constitue un remède très efficace à la morosité ambiante dont j'ai conscience de me faire l'écho aujourd'hui...

22 mai 2009

Nature

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Allez, je vais vous confier un petit secret : parce qu'à force de railler le climat grisâtre qui règne sur la Lorraine la plupart du temps, je finis par me dire que vous pourriez penser qu'il s'agit d'une région inhospitalière et dépourvue de tout attrait touristique. Il n'en est rien. Prenez un paysage de campagne classique, avec ses champs, ses ondulations légères, ses ruminants. Avec un peu d'attention, vous débusquerez une biche ou... un lama. Au loin, vous entendez la cloche d'une église. Sur vos têtes, d'invisibles oiseaux entament un récital joyeux. Faites totale abstraction de ce cancer agricole que sont les champs de colza : incongruité écologique, repoussoir visuel et olfactif et dont les métastases se sont propagées bien au-delà de nos frontières. Oubliez pour un temps les gros nuages qui vous menacent d'une averse, refusez de voir l'éclair qui a zébré le ciel de plomb, annonciateur d'un orage statistiquement inévitable. Et voyez l'essentiel : un vert incomparable (celui qui a inspiré bien des peintres régionaux et qu'on retrouve en bonne place au palmarès des inspirations de l'Ecole de Nancy), tirant parfois sur un bleu profond. Dans les sous-bois, exercez votre œil à repérer ces petites asperges vertes tant appréciées des restaurateurs. Respirez (pas trop profondément toutefois, toujours cette saloperie de colza) et prenez le temps de vivre hors du temps. Voilà, tout près d'ici, calme et apaisé, vous venez de prendre une journée de vacances. Pas besoin de Club Machin, pas de G.O., aucune spéculation possible, pas d'affairiste à l'affût de votre or vert. Ici, c'est du vrai, du lourd comme dirait l'autre. 

26 mars 2009

Giboulorage

[zibuloraz] n. m. Phénomène climatique se caractérisant par une étrange accumulation de précipitations, dont la consistance est variable, celles-ci variant de la pluie glaçante à la neige à peine fondue en passant par la grêle, portées par des vents violents et accompagnées d'orage. Lorsqu'il survient en journée, le giboulorage plonge en outre les paysages dans une nuit noire, évoquant par ses jeux de lumière une éclipse totale du soleil. Parfaitement connu des lorrains qui maîtrisent la partition de tous les désagréments météorologiques, le giboulorage est ressenti chez eux comme la forme la plus aboutie des punitions post-hivernales : croyant à l'arrivée du printemps, ces habitants du nord est de la France s'aperçoivent qu'il n'en est rien mais s'aperçoivent qu'ils goûtent à l'avance aux plaisirs de la dégradation du temps telle qu'ils la vivront après les longues périodes - d'une demi-journée en moyenne - de temps chaud et ensoleillé en été.

13 mars 2009

Nébuleux

 

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La Lorraine est, à n'en pas douter, une région particulièrement attractive... pour les nuages ! Elle présente à leurs gouttes en suspension tant de charme secret qu'ils décident souvent de s'y installer pour de longs séjours. De très longs séjours. Leur tranquillité étant assurée - car aucune autre région ne semble vouloir s'attacher durablement leurs services, sauf pour quelques extras (voir plus bas) - ils paissent tranquillement, tout là-haut, se dorant la pilule au soleil dont ils nous préservent. Mon jardin s'en réjouit, lui dont la terrasse virtuelle (elle existe, je la vois, mais mes pieds en foulent très rarement le mélèze au point que je finis par douter de son existence...) brille de ses mille feux pluvieux. De quoi me rendre impatient de rallier prochainement les Calanques de Cassis, histoire de vérifier que ce petit paradis n'est pas toujours inondé de soleil, mais peut lui aussi subir quelques sévères précipitations. Car je choisis en règle générale LA semaine pluvieuse lorsque je m'y rends en vacances. On ne se refait pas...

 

02 janvier 2009

Ombres

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Je pensais rencontrer un sanglier ou deux, parce qu’une marche au cœur de la forêt lorraine peut vous réserver ce genre de surprise. En réalité, les cochons sauvages locaux avaient certainement mieux à faire que venir renifler le bas de mon pantalon. Selon les autochtones, ils dormaient tranquillement à l’heure où j’arpentais des chemins durcis par un froid trop rigoureux pour ma frilosité grandissante. Fort heureusement, la lumière était splendide et des ombres un peu mystérieuses ont surgi au soleil de décembre.

27 décembre 2008

Farceur

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Je n’apprendrai à personne que le temps lorrain est parfois désespérant. Mais pas toujours... Pour de mystérieuses raisons, il arrive aussi que le soleil se mette à régner brutalement en maître. C’est une question d’habitude, en fait, d'autant que les vraies richesses de ce bout de nord-est de la France sont à chercher ailleurs. Car les trésors de cette région, pour discrets qu’ils soient, n’en existent pas moins et méritent l’attention du touriste souvent trop pressé d’engager une conversation intime avec son futur mélanome au soleil de je ne sais quel paradis néo-colonial, dûment bétonné de ses complexes touristiques sans âme et de ses piscines javellisées. En Lorraine, l’habitant est plutôt rare, l’herbe est verte, les forêts sont boisées et le ciel gris laisse parfois filtrer un soleil fugitif… Qu’importe, qui sait fouiner ici ou là saura débusquer de jolies fresques à la tonalité coquine ! La preuve ? Regardez bien cette photo...