22 novembre 2011

Hé, Manu, tu descends ?

Quand le pianiste Emmanuel Borghi sort du bois…

Il y a comme ça des journées qui font du bien. Parce qu’on en a besoin, non, vous ne trouvez pas ? L’avenir est gris très sombre, plombé, et beaucoup d’entre nos concitoyens ressentent violemment les effets du piège qui se referme sur nous, selon une logique implacable dont j’aurais du mal à connaître la raison profonde – la cupidité ? la veulerie ? la stupidité ? la connerie humaine ? – mais qui m’a souvent valu de me faire passer pour un hurluberlu dès lors que j’essayais – c’était il y a bien longtemps, à l’aube des années 80 - d’en comprendre la mécanique et que je n’hésitais pas à employer le mot de dictature pour qualifier le régime sous lequel nous vivions et la folie financière qui se répandait comme la peste (une épidémie dont on pourrait approximativement calculer l’âge, qui avoisine la quarantaine). Attention ! Je ne suis pas naïf au point de croire que tout était mieux avant – je laisse cette illusion à d’autres rêveurs enfantins – mais, comment dire ? Je n’ai pas attendu 2008 pour savoir que nous étions mal barrés et que les capitaines à bord auraient mérité d’être balancés à la mer depuis belle lurette, et sans bouée de sauvetage s’il vous plaît. Nous avons atteint aujourd’hui une sorte de premier sommet sur lequel sont perchés aujourd’hui une poignée d’irresponsables bouffis qui nous expliquent maintenant qu’il va falloir que nous sautions dans le vide si nous souhaitons nous en tirer… Messieurs, sautez les premiers, je vous suis…

Bref, assez de pessimisme… hier donc, mon salon était baigné d’une lumière d’automne absolument irrésistible : de celles qui vous conduisent inéluctablement à vous prélasser dans le fauteuil où vous vous effondrerez en compagnie d’un livre (tiens, un bon vieux Dashiell Hammett, Le Faucon Maltais par exemple) ou d’un disque (50 Words For Snow, le nouveau Kate Bush dont je parlerai bientôt). Un confort éminemment petit bourgeois, j’en conviens volontiers, mais moment privilégié parce que vecteur du nécessaire oubli passager des brutalités extérieures.

emmanuel borghi,peter gabriel,don't give up,citizen jazzC’est hier également que le pianiste Emmanuel Borghi a partagé sur un réseau social un premier extrait du disque qu’il publiera au début de l’année 2012.

Alors ça, mes amis, c’est une excellente nouvelle ! Je ne vais pas vous réécrire l’histoire de ce musicien trop rare mais je pourrai la résumer en vous expliquant qu’après une vingtaine d’années passées au service de la musique de Christian Vander, Manu a tourné la page en 2008, embarquant avec lui femme et beau-frère (Himiko et Antoine Paganotti). Depuis, le sieur Borghi nous a donné de ses nouvelles, ne serait-ce qu’en étant partie prenante d’une réjouissante expérience, SLuG, dont j’avais évoqué le premier disque dans les colonnes de Citizen Jazz. On savait aussi qu’un second bébé limace était en gestation, enregistré dans d’excellentes conditions du côté de Radio France. Un disque qui devrait voir le jour assez vite. Miam miam !

Voici quelque temps déjà, Manu m’avait confié par ailleurs qu’il travaillait sur un disque en solo et en trio. De quoi nous faire saliver, nous qui n’avions jusqu’à présent qu’à nous mettre sous la dent ses Anecdotes parues en 1996 (je crois qu’on peut encore se les procurer chez Musea, allez-y, c’est un chouette disque !). Une éternité en quelque sorte… Je n'oublie pas cependant qu'entre temps, Manu a participé au groupe One Shot, dont la musique crypto-crimso-zeuhl avait de quoi vous bousculer par sa noirceur méthodiquement dosée.

Et c’est hier qu’il a choisi de livrer à nos oreilles attentives sa reprise de « Don’t Give Up », une magnifique chanson de Peter Gabriel qu’on avait pu découvrir en 1986 sur l’album So et pour lequel le chanteur s’était adjoint les services d'une certaine… Kate Bush, encore elle ! World is so small.

C’est mon jour de bonté, alors je vous propose une double écoute. D’abord celle de la version originale :

Et comme je souhaite ne reculer devant aucun sacrifice, je vous en livre les paroles, dont on s’apercevra vite qu’elles pourraient faire écho aux souffrances humaines de nos temps troubles… Il faut toujours comprendre les textes des chansons, c'est un vieux principe intangible, même lorsque ces dernières font, plus tard, l’objet de reprises instrumentales.

« In this proud land we grew up strong
We were wanted all along
I was taught to fight, taught to win
I never thought I could failed
No fight left or so it seems
I am a man whose dreams have all deserted
I've changed my face, I've changed my name
But no-one wants you when you lose
Don't give up
'cause you have friends
Don't give up
You're not beaten yet
Don't give up
I know you can make it good
Though I saw it all around
Never thought that I could be affected
Thought that we'd be last to go
It is so strange the way things turn
Drove the night toward my home
The place that I was born, on the lakeside
As daylight broke, I saw the earth
The trees had burned down to the ground
Don't give up
You still have us
Don't give up
We don't need much of anything
Don't give up
'cause somewhere there's a place
Where we belong
Rest your head
You worry too much
It's going to be alright
When times get rough
You can fall back on us
Don't give up
Please don't give up
Got to walk out of here
I can't take any more
Going to stand on that bridge
Keep my eyes down below
Whatever may come
And whatever may go
That river's flowing
That river's flowing
Moved on to another town
Tried hard to settle down
For every job, so many men,
So many men no-one needs
Don't give up
'cause you have friends
Don't give up
You're not the only one
Don't give up
No reason to be ashamed
Don't give up
You still have us
Don't give up now
We're proud of who you are
Don't give up
You know it's never been easy
Don't give up
'cause I believe there's a place
There's a place where we belong. »

Voilà, vous avez la matière première bien en tête ; je vous propose maintenant d’écouter les premières minutes de la reprise (la cover comme disent les anglois) d'Emmanuel Borghi et ses complices.

podcast

Emmanuel Borghi : piano ; Antoine Paganotti : batterie ; Blaise Chevallier : contrebasse.

Lumineux, tout simplement. Je n’ai pas envie d’ajouter le moindre commentaire superflu. Voilà qui nous rend impatients d’écouter tout l’album, qu'on pourra se faire glisser sereinement entre les tympans dans quelques semaines, vers le mois de février 2012.

Et merci à Manu de m’avoir confié la source à partir de laquelle j’ai pu partager cette musique sur mon blog.

04 janvier 2009

Cohérent

one_shot.jpgLa discographie de One Shot – quatre disques enregistrés de 1999 à 2008 – constitue un ensemble parfaitement cohérent qu’il s’agit de découvrir en le considérant pour ce qu’il est : une fusion contemporaine de rock et de jazz aux couleurs souvent sombres dont l’énergie ne s’est jamais démentie au fil des années. Sa formation, inchangée depuis le début, semble le garant d’une belle unité de fond et de forme qui amène le groupe au meilleur niveau, celui d’une virtuosité jamais démonstrative, mise au service d’un propos techniquement irréprochable et artistiquement original. Et si le noyau du quatuor est intimement lié à la galaxie Magma (deux de ses membres font partie de ce dernier, le troisième fut compagnon de route de Christian Vander durant plus de 20 ans ; quant au quatrième, il serait étonnant qu’il ignore quoi que ce soit de la matrice kobaïenne…), on écoutera sa musique pour elle-même, parce qu’une paternité aussi forte risquerait de nous faire oublier qu’elle puise son inspiration à d’autres sources tout aussi puissantes : «Black P» par exemple, qui introduit le nouvel album Dark Shot (composé d’un disque studio et d’un DVD concert et interview), semble ainsi marqué d’une belle griffe crimsonienne, celle de la période Red du groupe de Robert Fripp. De quoi abreuver notre soif d’une musique à consommer sans modération.



One Shot : Emmanuel Borghi (claviers), Philippe Bussonnet (basse), Daniel Jand’Heur (batterie), James Mac Gaw (guitare).
Discographie : One Shot (1999), Vendredi 13 (2001), Ewaz Wader (2006), Dark Shot (2008).

Pour commander le disque, voir le site du Triton