23 janvier 2012

Maria Laura Baccarini - Furrow, A Tribute To Cole Porter

furrow.jpgVoilà un disque en tous points réjouissant ! L’hommage que rendent la chanteuse Maria Laura Baccarini et ses complices à Cole Porter est non seulement explosif, mais avant tout empreint d’une vraie originalité dont l’essence est collective. Pourtant, on aurait pu s’inquiéter. Pensez donc : sans pour autant tomber dans le piège trop facile du délit de belle gueule, nous voici en présence d’une artiste aux allures de top model qui fait craindre d’emblée un de ces avatars marketés dont l’univers du jazz a parfois le secret. Le cours des bimbos insipides étant largement surévalué, on voudra bien nous pardonner cet a priori : on pouvait redouter un énième disque de sucreries, de roucoulades pour vieux messieurs plus avides d’admirer la plastique de la chanteuse que de s’immerger dans son répertoire...

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11 janvier 2012

Giovanni Mirabassi - Adelante

giovanni mirabassi, adelante, cuba, citizen jazzPour un temps échappé du trio qu’il forme avec Gianluca Renzi et Leon Parker, Giovanni Mirabassi donne une suite naturelle à Avanti, publié voici une dizaine d’années et désormais introuvable, sauf à prix d’or peut-être. Ce disque libertaire qui célébrait des hymnes planétaires tels que « Le temps des cerises », « Imagine » ou « El Pueblo Unido Jamás Será Vencido » avait connu un vrai succès que n’aurait peut-être jamais imaginé le pianiste transalpin du temps de sa jeunesse, quand sa famille formulait pour lui des rêves où son avenir s’habillait d’une robe d’avocat. Aujourd’hui quadragénaire et plus parisien qu’italien, Mirabassi porte sur notre monde un regard fiévreux et considère son engagement politique comme relevant de sa responsabilité d’artiste.

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31 décembre 2011

Fouinons !

musique, franpi sunship, école de canterbury, jonathan coe, citizen jazzAu départ, j’avais envisagé un texte d’énervement. Normal, quand on vit à peu près connecté au monde qui nous entoure et qu’on assiste au triste spectacle de la politique et aux agitations d’une clique plus encline à préserver ses privilèges qu’à se pencher sur l’épineuse question du bien commun et d’une nécessaire solidarité. Ce matin encore, j’entendais un vieux cheval de retour, sorti de l’obscurité dont il aurait mieux fait de ne pas s’extraire, appeler de ses vœux la formation en France d’un gouvernement technique dès le début du mois de janvier. Ah, le gouvernement technique : la nouvelle sucette dont nos chers et néanmoins incapables dirigeants viennent de s’emparer et qu’ils tètent goulûment. Son goût sucré semble garantir le bonheur, notre bonheur, pour les temps à venir et les dispenser de réfléchir. Ils avouent de fait leur propre mise hors jeu, oubliant toutefois d’exclure de leur proposition le coût exagéré de leur rétribution. Le bougre y allait même de ses suggestions ad hominem pour remplacer l’actuel politicien glissé dans le costume du premier ministre : Michel Camdessus, Pascal Lamy ou Jean-Claude Trichet. Un technicien vous dis-je !!! Pas un élu, non, un type qui s’y connaît en rouages de l’économie (et comme on le voit, ces braves gens susnommés ont parfaitement réussi jusqu’à présent). J’avais la désagréable impression que mon vieux bourrin des urnes, sachant la cause de son camp un peu perdue, nous suggérait même entre les lignes qu’une élection n’était peut-être même pas la solution idoine en ces temps de forte rigueur. Une élection ? Pour quoi faire ? Laisser le peuple donner son avis ? Allons donc !

Bref, je voulais m’énerver un peu, déverser mon semblant de rage sur le locataire (j’ai bien dit locataire, quoique parfois celui-ci semble se confondre avec le propriétaire) de l’Elysée, mais il se trouve que mon camarade Franpi a déjà largué ses bombinettes. Avec un talent infiniment supérieur au mien. Je vous invite donc à visiter son blog et lire sa petite charge qui, à défaut de renverser la triste situation dans laquelle nous nous trouvons, fait beaucoup de bien !

Vous pourrez lire dans sa conclusion un repli vers un refuge musical : lui comme moi ne sommes pas dupes, mais après tout, faut-il tout abdiquer au nom d’un principe de réalité et refouler nos propres élans vers des créateurs qui sont autant de résistants ? Je répondrai d’autant plus par la négative qu’alors que mon collègue allait faire un tour du côté de la musique de John Greaves, j’étais parti de mon côté revisiter les passionnantes contrées de la musique dite de l’école de Canterbury (nous en reparlerons plus tard si vous le voulez bien ; pour résumer, il s’agit d’un mouvement musical né à la fin des années 60 dans le sillage de ces sacrés explorateurs qu’étaient les fondateurs du groupe Soft Machine).

La nostalgie comme remède aux noirceurs de l’actualité ? Même pas ! En réalité, c’est la lecture du Cercle Fermé de Jonathan Coe qui m’a incité à réécouter ces disques que je possède pour la plupart depuis plus de trente ans. L’auteur y cite le groupe Henry Cow ainsi qu’Hatfield & The North. Il se trouve même que ce livre est le second volet d’un diptyque dont la première partie a pour titre original The Rotters’Club (en français Bienvenue au club) en hommage à Hatfield & The North (The Rotter’s Club étant le nom du second album du groupe). Alors j’ai enchaîné les écoutes, en passant par Robert Wyatt, Matching Mole, Caravan ou National Health. Que du bon, du vieux mais du bon qui fait du bien par où il passe. Ces types-là avaient inventé un univers aux confins du jazz et du rock, dans un mouvement d’invention sinon perpétuel du moins assez frénétique. Encore une de ces folies que la décennie 1965-1975 aura vu naître.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela ? Probablement parce que nous sommes le 31 décembre et qu’il est d’usage de souhaiter à chacun de vous le meilleur pour les temps à venir. Ce que je fais ici bien volontiers. Comme le dit souvent un ami : pain, amour, santé et fantaisie ! Et qu’au moment de tourner la page de l’année 2011, j’avais envie, très fugitivement, de partager un vieux coup de cœur avec vous, de vous encourager, chacun de votre côté, à ne pas mettre de côté vos passions et à en parler avec les mots de l’enthousiasme, celui qui nous fait un peu défaut en ce moment.

Peut-être qu’un échange de type culturel (j’écris le mot en italiques à dessein) et passionné autour de la musique, de la littérature, de la peinture, du cinéma ou de ce que vous voudrez… ne remplira pas les assiettes de ceux qui tirent le diable par la queue. Peut-être. Mais que nous restera-t-il si nous ne produisons pas ce petit effort consistant à fouiner un peu partout dans les recoins de la connaissance pour nous sentir un peu moins petits ? Pas grand chose.

Alors je vous souhaite d’avoir l’élan fouineur et de bien vouloir répandre autour de vous un peu de ce que vous aurez pu récolter. Un acte simple de résistance.

PS : très accessoirement, je prends ici la résolution d'une contribution encore plus active au magazine Citizen Jazz pour l'année 2012.

29 décembre 2011

Sylvain Courtney - Those Were The Days

sylvain_courtney.jpgVoilà un album qui mérite beaucoup mieux que la confidentialité à laquelle son statut de disque autoproduit semble le destiner. Those Were The Days est en effet un recueil intimiste et chaleureux de ballades aux mélodies subtiles, souvent mid tempo, qui reflètent au plus près la personnalité de Sylvain Courtney. Ce guitariste, bien connu des Lorrains, et tout spécialement des Nancéiens (qui sont nombreux à avoir croisé sa longue silhouette), n’en est pas à son coup d’essai. Une première Bal(l)ade du Faubourg, elle aussi sortie presque sous le manteau en 2007, soulignait déjà les qualités d’un compositeur dont la discrétion apparaît aujourd’hui comme une arme de séduction !

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27 décembre 2011

Ping Machine - Des trucs pareils

cover.jpgIl est des disques qui s’imposent. On sait tout de suite qu’on vient de découvrir une pépite qui va nous tenir compagnie un bon bout de temps. Ils affirment leur personnalité, et on ne saurait dire si leur qualité première est d’exprimer un esprit collectif puissant ou de transmuer l’amalgame d’individualités en ensemble soudé. Ils traduisent, avec toute l’élégance de leur énergie créative, le travail d’un toutinventif, constamment sur la brèche, qui déploie des couleurs en perpétuel renouvellement au fil d’une exploration passionnante. Une aventure bariolée, qui ne laisse jamais l’auditeur au bord de la route.

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21 décembre 2011

Dr Jannick & Mr Top

jannick top, troc, citizen jazzEn marge de la parution du nouvel album de Troc, nous avons posé quelques questions à un musicien aussi passionnant qu’énigmatique, le bassiste Jannick Top.

Figure de proue de la période la plus féconde de Magma, celle de la première moitié des années 70, Top a par la suite suivi des chemins dont la cohérence a pu échapper à certains, en particulier lorsqu’il a été associé à différents projets relevant de ce que l’on appelle communément la « variété ». Son retour dans l’équipe de Troc, après sa collaboration avec le trompettiste Eric Le Lann (2007) ou son Infernal Machina (2008), tend à démontrer qu’il est toujours sur la brèche, prêt pour de nouveaux combats. Avec au cœur de sa démarche ce qui le nourrit le plus : la création.

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20 décembre 2011

Le grand Bob avec un trombone à pistons

Tout cela ressemble un peu à une mauvaise série, dont je commence à ne plus supporter les caprices d’un scénariste bien mal inspiré. Peut-être aussi que la grisaille de ce monde nous rend plus intolérable encore la disparition d’artistes qui ont consacré une grande part de leur vie à tenter d’illuminer la nôtre, pendant que les mafias de tout poil ne cachent même plus le pouvoir qu’elles se sont arrogé et déversent leur arrogance criminelle sur des peuples dont la capacité de résistance à la souffrance étonne plus que jamais.

bobbrookmeyer.jpgSouvenons-nous : il y a quelque temps, un grand monsieur du jazz, le batteur Paul Motian, nous quittait. J’avais évoqué ici-même sa disparition et fait part de l’émotion du contrebassiste Henri Texier, qui l’admirait et le connaissait bien puisqu’il avait fait appel à son immense talent le temps d’un disque appelé Respect. Cet album, paru en 1997, était pour lui l’occasion de réunir un all stars : outre le batteur, quelques figures de légende étaient conviées à la fête ; il y avait là en effet Lee Konitz (saxophone alto), Steve Swallow (basse électrique) et Bob Brookmeyer (trombone).

Comment imaginer qu’en l’espace de quelques jours, cette belle équipe se verrait brutalement amputée par une nouvelle disparition ? Le grand Bob Brookmeyer vient, lui aussi, de s’envoler, ajoutant des larmes à notre tristesse… Il aurait eu 82 ans hier.

Je laisse aux biographes le soin de nous raconter la somme d’expériences que le tromboniste (dont l’instrument de prédilection avait la caractéristique d’être doté de pistons) a pu vivre au cours de sa vie de musicien. Mais tout de même : Mel Lewis, Coleman Hawkins, Ben Webster, Charlie Mingus, Jimmy Giuffre, Jim Hall, Bill Evans, Clark Terry, entre autres, croisèrent son chemin ; sans oublier quinze ans de travail aux côtés de Stan Getz, avant de rejoindre Gerry Mulligan ! Pas mal, non ?

Depuis une trentaine d’années, Brookmeyer avait souvent installé ses quartiers en Europe, à Cologne ou Stockholm notamment, en tant que compositeur ou chef d’orchestre (avec le New Art Orchestra), tout en poursuivant une carrière d’enseignant aux Etats-Unis.

Il venait tout juste de publier un disque dans lequel il revisitait des Standards, avec le New Art Orchestra, preuve d’une vitalité jamais prise en défaut.

Pour ne pas oublier le grand monsieur qu’était Bob Brookmeyer (quel son magnifique !), voici un duo avec le guitariste John Scofield, enregistré je crois en 1979 ou 1980. Tous deux nous interprètent « Moonlight In Vermont », dans une version d’une grande sensibilité épurée. La fin de la vidéo, à partir de 3’55, est plus absconse pour moi car néerlandophone, même si je crois deviner que l’un des interlocuteurs évoque la particularité pistonnesque du trombone de Bob Brookmeyer.

PS : dans le sillage de Bob Brookmeyer, Cesaria Evora tirait elle aussi sa révérence en fin de semaine dernière. Avis au Grand Ordonnateur des pompes funèbres : j’ai d’autres noms à lui suggérer, parce que je le trouve vraiment mal inspiré… même s’il a cherché tout récemment à se rattraper du côté de la Corée du Nord. Mon agence de notation personnelle lui attribue volontiers un ZZZ.

12 décembre 2011

Troc

troc.jpgQuarante ans ! Ou presque. Qui aurait pu imaginer que l’éphémère Troc, né en 1971 et mis en cessation d’activité dès l’année suivante, non sans avoir publié un album devenu aujourd’hui uncollector et joué sa musique sur quelques grandes scènes européennes, pointerait à nouveau le bout du nez avec ce cru 2011 ? Cru qui est une agréable cuvée... Troc, une sacrée histoire qui commence à la fin des années 60 : celle de l’admiration réciproque entre un batteur, André Ceccarelli et un chanteur, Alex Ligertwood, dont les chemins s’étaient croisés du côté de Rome. Celle, surtout, d’une formation aux contours généreux dont les autres piliers avaient pour nom Henri Giordano (piano), Claude Engel ou Jacky Giraudeau (guitare) et Jannick Top (basse).

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02 décembre 2011

Nice Jazz Orchestra - Festival

front.jpgIl y avait le Paris Jazz Big Band, voici maintenant le Nice Jazz OrchestraPierre Bertrand, qui avait su mettre sa science de l’arrangement, par une association fructueuse avec le trompettiste Nicolas Folmer, au service d’un big band dont Citizen Jazz saluait en son temps les prouesses à l’occasion d’un très consistant Big Live sous la forme d’un triple CD, s’est lancé en 2006 dans une autre aventure, cette fois à l’autre bout de la France, en unissant ses efforts et son talent à ceux de Christian Pachaudi et Alain Asplanato pour une direction artistique sous forme de triumvirat niçois.

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30 novembre 2011

LED - The Ocean

LED, The Ocean, Led Zeppelin, Citizen JazzBelle démonstration de la vitalité de la scène jazz suédoise ! Mais LED nous permet surtout de découvrir un batteur arrangeur qui n’hésite pas, comme beaucoup d’autres musiciens désormais, à instiller dans sa musique - d’essence jazz - la part de rock qu’elle mérite. Ou plutôt, si on l’en croit, pour avoir grandi avec une oreille jazz et une oreille rock il estime avoir « bouclé la boucle » avecThe Ocean, un album qu’il publie aujourd’hui sur le label indépendant Kopasetic Productions dans une formation dont on comprendra très vite pourquoi il a choisi de la baptiser ainsi.

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