25 juin 2009

Juste

jaffa.jpgHabité par la grâce, le film « Jaffa » nous plonge au cœur d'une famille israélienne et du drame qu'elle va connaître. La réalisation, au plus près des personnages - Reuven, le père garagiste, sa femme Osnat qui, tant bien que mal, s'accommode du comportement de leur fils Meir, querelleur et fainéant. Et puis il y a la fille, Mali, qui vit une histoire d'amour avec Toufik, l'employé arabe de son père - nous immerge dans leur quotidien austère mais jamais ennuyeux. « Jaffa », c'est un moment de cinéma juste et émouvant comme on aime en débusquer de temps à autre au détour d'une salle où les rongeurs de pop corn experts en SMS nocturnes sont proscrits. Il est aussi l'occasion de voir ou revoir cette formidable actrice qu'est Ronit Elkabetz (qui joue ici le rôle de la mère), dont on avait déjà pu apprécier le talent dans un autre film particulièrement attachant, « La visite de la fanfare ». Voilà une très bonne surprise, un film cinq étoiles, assurément !

03 juin 2009

Anglais

looking_for_eric.jpegNe croyez pas un seul instant les pisse-froid façon Inrockuptibles qui vont expliqueront qu'avec Looking For Eric, Ken Loach a réalisé un film moralisateur surfant sur la vague du coaching et qui serait pétri de bons sentiments gnan-gnan. C'est oublier d'abord que le cinéaste fait d'abord une belle démonstration de tendresse envers son personnage (un postier en pleine déprime, confronté à la dureté du quotidien anglais, formidablement interprété par Eric Evets) qui reçoit les conseils de son idole, Eric Cantona, un maître à penser qui lui apparaît quand il s'adonne à la fumette des joints qu'il va piquer à son fils. Ken Loach fait aussi preuve d'une belle dose d'humour (la scène finale est un moment particulièrement savoureux), ce qui n'est pas une première chez lui, et en profite pour dresser le portrait glacial d'une Angleterre où même les classes populaires finissent par ne plus pouvoir se payer les billets d'entrée au stade pour soutenir leur club de Manchester, dont les parkings regorgent de grosses berlines. A voir en V.O., exclusivement, au risque de passer à côté de l'essentiel.

18 avril 2009

Toiles

rediffusion.jpgJe ne sais pas si vous fréquentez les salles obscures, mais pour ce qui me concerne, voilà un loisir qui me plaît particulièrement. Dommage qu'il faille souvent composer avec le comportement effarant de certains bipèdes qui osent penser qu'ils font partie des êtres humains...

Lire « Cinéma m'était conté », publié le 31 mars 2007.

10 avril 2009

Lourd

Pourquoi faut-il que nous ayons à subir l'humour, léger comme un enclume, d'un pauvre animateur d'une prétendue radio pour jeunes à chaque fois que nous nous retrouvons au beau milieu du public assistant à l'avant-première d'un film ? Oh bien sûr, je n'évoque pas notre cinéma d'art et d'essai local et ses bénévoles, qui s'efforce de proposer aux spectateurs un peu plus que ce pénible bavardage commercial dont le vide sidéral n'a d'égal que le dilettantisme de celui qui empoigne rapidement un micro pendant la rapide pause séparant les bandes annonces du film lui-même.
"Alors il sont là, les invités de la mutuelle Machin chouette" ? Trois bras se lèvent timidement... Quelle ambiance !
"Et puis, ceux qui ont eu une invitation par la radio Trucmuche, vous êtes là aussi ?" Allez, ne soyons pas chiches, au moins quinze mains se dressent, nous montrant que la radio en question a quasiment fait le plein de ses auditeurs, dont la tranche d'âge se situe grosso modo entre 15 et 20 ans.
"Y en a qui ont payé leur place, aussi ?" Ben oui, ducon, nous ! Rires narquois des invités, tout heureux de croire qu'ils font partie de l'élite du moment et que les autres se sont fait avoir.
"Bon, et puis, hein, alors merci à Bidule, merci à je ne sais qui... et puis, c'est promis : si vous avez aimé le film, vous en parlez autour de vous et si vous n'avez pas aimé... vous n'en parlez pas !".
Pfff... conclusion du type qui nous donne rendez-vous pour une prochaine avant-première d'un film dont il se rappelle le titre mais qu'il est incapable de nous présenter un peu plus précisément... Un vrai pro, celui-là, on devine chez lui un sens du travail bien fait... Et c'est comme ça à chaque fois !

27 février 2009

Rédemption

gran_torino.jpgUne idée m'a traversé l'esprit en sortant du cinéma où je venais de voir Gran Torino, le nouveau film de et avec Clint Eastwood : et si c'était le dernier ? Il y a l'âge du réalisateur, certes, qui entrera bientôt dans sa quatre-vingtième année - mais pourquoi après tout ne vivrait-il pas centenaire ? - non... mon interrogation trouvait en réalité sa source dans le scénario de ce film magnifique. Car ce Walt Kowalski, ancien de la guerre de Corée, vieux réac raciste habitant Detroit dans un quartier où il semble le seul blanc, qui grogne plus qu'il ne parle, irascible buveur d'une bière qu'il stocke dans une glacière qui ne le quitte pas, odieux avec sa famille pas finaude et son jeune curé, «un puceau suréduqué», auquel il confesse que «jamais il ne se confessera» et qui ne communique vraiment qu'avec sa chienne Daisy, est un personnage qui s'apparente à une synthèse vieillie des héros virils que l'acteur interprétait autrefois. Sauf que... Ayant tiré d'un mauvais pas son jeune voisin asiatique (qu'il appelle délicatement face de citron), on le voit, petit à petit, briser la glace et attendrir son vieux cuir séché devant la solidarité et la gentillesse d'une famille épatante. Il y a un drame qui va se nouer, mais aussi de sacrées scènes, étonnamment drôles, comme les échanges avec le prêtre, les réactions du vieux Walt aux obsèques de sa femme devant l'attitude désinvolte de ses petits-enfants ou sa découverte de la vie de famille de ses voisins «qui ne le regardent pas en face». Finalement, notre héros impitoyable va se libérer de la souffrance qui le hante depuis ses lointaines années de guerre en sortant ses jeunes voisins des griffes sanglantes d'une bande de voyous violents. En payant le prix fort, celui de la rédemption finale. Comme si le réalisateur lui-même nous adressait un ultime salut, la boucle étant bouclée. C'est magistral, tout simplement.

17 novembre 2008

Stella

stella.jpgTrès beau moment de cinéma que ce film aux intonations autobiographiques de Sylvie Verheyde. La jeune Stella, 13 ans, fille de cafetiers du XIIIe arrondissement, débarque dans un collège du XVIe. Nous sommes dans la deuxième moitié des années 70. On la voit aborder cet univers qui n’est pas le sien, écartelée entre un quotidien où les clients de ses parents dressent un portrait de l’humanité qui oscille entre dureté et tendresse et une mini-société, celle composée par ses camarades de classe et ses professeurs, où la dureté est tout autant de mise. Entre ces deux mondes, la gamine balance, il s’agit pour elle de trouver sa place et d’essayer de prendre son envol afin d’exister. Allez, on chipotera juste en notant quelques anachronismes mineurs : les faits montrent qu’il s’agit de l’année scolaire 1975-76 et l’on est étonné, par exemple, d’entendre des chansons qui n’existeraient que deux ou trois ans plus tard ; idem pour cette devanture d’un libraire où l’on aperçoit un bouquin de Douglas Kennedy, dont les premières œuvres furent publiées une quinzaine d’années plus tard. Mais bon, ce ne sont que des détails. Et puis il y a l’impayable Christophe Bourseiller, le prof de français qui sait faire preuve de patience et valoriser Stella. A chacune de ses rares apparitions au cinéma, il me rappelle son rôle dans «Un éléphant ça trompe énormément» d’Yves Robert, ce Lucien qui était amoureux de Daniel Delorme. Il empoignait fermement le sein de cette femme mûre pour lui déclarer sa flamme et lui expliquait doctement le caractère inéluctable de leur relation amoureuse à venir. Impayable !

07:53 Publié dans Vu | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : stella, cinéma |  Facebook | |