09 février 2010

Piscisophie

eau_de_poisson.jpgAssez amusante cette remarque entendue ce matin sur France Inter. On s'était déplacé jusqu'à Nancy - une sorte de Sibérie mal dégrossie pour certains parisiens, si j'en crois la remarque glissée subrepticement par le journaliste qui animait le journal du matin et qui supposait qu'en d'autres lieux « plus chics » (sic) les commentaires eussent été différents - lorsqu'une lycéenne nous expliqua que le débat sur l'identité nationale s'était terminée en « eau de poisson » (re-sic). Voilà qui fera plaisir à nos édiles, heureux de constater que même aux yeux de la jeunesse, ce dossier un peu gluant aura pu être lavé de toutes ses impuretés.

Je me permets toutefois de vous laisser à vos réflexions (n'hésitez pas à échanger si vous le souhaitez) car je dois partir à la recherche d'une queue de boudin.

31 janvier 2010

Filiation

Dans une chronique à paraître très prochainement sur Citizen Jazz*, j'évoque la relation familiale qui me semble unir la musique de Sébastien Texier à celle de son père, le contrebassiste Henri Texier. J'ai eu l'occasion de m'entretenir dernièrement avec ce dernier sur ce sujet après un concert donné par le trio africain constitué, outre Henri Texier, de Louis Sclavis (saxophone soprano et clarinettes) et d'Aldo Romano (batterie). Nous étions à Chalons-en-Champagne, près du bar de la très belle salle de la Comète. Une conversation instructive qui montre que cet apparentement ne semble pas si marquant pour le contrebassiste, lui qui vit ces choses-là de l'intérieur.

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Henri Texier & Maître Chronique au Sunset, en avril 2007 © Fabrice Journo

« Je ne me rends pas bien compte, je sais que Sébastien et moi, on a beaucoup de points en commun sur le plan musical, à part le fait d'avoir les mêmes gènes. Mais depuis toujours, ses goûts musicaux, je les ai appréciés aussi et peut-être que ce sont toute une quantité de strates qui se sont accumulées. Franchement, j'entends toutes ses mélodies, elles me conviennent, certaines me plaisent beaucoup. Cela dit, je ne sens pas une filiation particulière, mais je suis d'accord, je suis complètement d'accord avec ce qu'il a fait dans cet album, avec ou sans moi, lui et ses potes. Je n'ai pas mis mon grain de sel et je me suis senti parfaitement à l'aise. Mais bon, je ne suis pas trop bien placé pour donner un avis... Sébastien, il a grandi là-dedans, il n'a pas grandi avec Johnny Hallyday, il a grandi avec nous ! De plus, il a trouvé un vocabulaire, un idiome, c'est une espèce de quête, de tissage. Il y a des brins, des motifs, qui font leur propre étoffe. »

podcast

En bonus, une petite carte postale sonore sous la forme des premières minutes du concert de Romano Sclavis Texier à Chalons-en-Champagne avec un extrait de "Daoulagad" (Henri Texier). Un concert sur lequel nous reviendrons plus en détail dans un prochain article pour Citizen Jazz.

* Consacré au dernier disque du trio de Sébastien Texier, Don't Forget You're An Animal.

24 janvier 2010

Limpide

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Quand le violoncelliste Vincent Segal - dont la carte de visite est assez impressionnante si l'on en juge par la diversité de ses collaborations et expériences : l'Ensemble Intercontemporain, Cesaria Evora, Elvis Costello, Sting, Piers Faccini, Matthieu Chedid, Marianne Faithfull, sans oublier le duo Bumcello formé avec le percussionniste Cyril Atef - rencontre le musicien compositeur Malien Ballaké Sissoko, joueur de kora, on pressent que le mariage des cordes sera magnifique. Un pressentiment totalement vérifié par les faits... Trois sessions d'enregistrement à Bamako au mois de mai 2009 ont donné naissance à Chamber Music, un disque de plénitude publié sur le label No Format !. La conversation entre les deux instruments est de toute beauté, si harmonieuse et intemporelle qu'elle semble attirer vers elle comme par magie d'autres musiciens, comme par exemple Demba Camara au karignan.

Un disque qui exprime une certaine vérité, celle de l'âme. Une chronique est à venir sur Citizen Jazz.

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En écoute, un extrait de "Ma-Ma FC" : Ballaké Sissoko (kora), Vincent Segal (violoncelle), Demba Camara (karignan).

17 janvier 2010

Quartet

Agulhon, Imbert, Legnini, Pédron. Bingo ! Il est toujours très agréable de braver simultanément la nuit, l'hiver lorrain et les brumes spinaliennes pour s'apercevoir que quatre musiciens de jazz peuvent faire "théâtre comble" dans une ville de taille moyenne et recevoir un accueil enthousiaste de la part d'un public par ailleurs reconnaissant du travail effectué depuis la veille par ces artistes pour partager leur passion de la musique avec quelques stagiaires. Soit une bonne douzaine d'élèves présents sur scène le temps de jouer deux compositions répétées avec leurs enseignants d'un week-end.

Réunis pour la première fois - on espère avoir assisté au début d'une nouvelle histoire - Franck Agulhon, Diego Imbert, Eric Legnini et Pierrick Pédron ont ensuite distillé un répertoire tonique puisant aux sources de quelques standards ("I Can't Get Started", "Lover" ou "I Hear A Rhapsody") mais aussi de compositions originales ("Waltz For A King" et "Tune Z" pour Pierrick Pédron, "Guet Apens" pour Diego Imbert ou "Big Boogaloo" pour Eric Legnini).

Lyrisme, complicité, joie de faire rayonner un art maîtrisé mais toujours en mouvement : merci à eux quatre ! Cette soirée du 16 janvier à Epinal était sans le moindre doute à mettre au compte des moments qui vous regonflent d'une énergie salutaire.

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De gauche à droite : Eric Legnini (piano), Diego Imbert (contrebasse),
Pierrick Pédron (saxophone alto), Franck Agulhon (batterie).

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En écoute : les trois premières minutes du concert et un extrait de "Waltz For A King" (Pierrick Pédron).

10 janvier 2010

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Allez, pour une fois... Je m'autorise un petit clin d'œil en direction d'un disque, Soul Game, enregistré par la chanteuse Sophie Darly, qu'il m'est assez difficile d'évoquer dans les colonnes internautiques de Citizen Jazz. Je m'y serais volontiers attelé, mais la rédaction d'une chronique aurait manifesté de ma part une curieuse façon d'être juge et... génétiquement partie. Mais ici, dans cet espace sur lequel j'exerce une autorité sans partage - j'évoque ici mon blog, ah, ce plaisir d'une petite dictature personnelle, d'un royaume virtuel sur lequel on fait régner un ordre absolu ! - pourquoi, après tout, me refuserais-je le droit de partager le plaisir qu'on peut avoir à écouter son Mad Jazz Boy de fils exercer son talent de saxophoniste au service d'une musicienne ? Le talent, justement, il n'en manque pas le bougre, d'ailleurs, à l'alto comme au ténor, mais je m'en tiendrai là en matière de compliments pour éviter les railleries... Le pôpa et son p'tit garçon, j'entends d'ici les ricanements... Rien de tout cela donc, allez plutôt faire un petit tour sur le My Space de Sophie Darly. Vous pourrez y écouter de larges extraits de son disque (Hé, vous savez quoi ? Même que sur le premier titre en écoute, « Land Of Thousand Boys », on entend vachement bien le saxoph... ah, juste, j'ai oublié que je ne devais pas en parler) qui balance tranquillement entre blues et jazz et vous offrira un joli moment de musique. Icing cherry on the cake, vous pourrez même acheter le CD ou, si vous en préférez la version dématérialisée, le télécharger on ne peut plus légalement sur la plate-forme d'iTunes. C'est chouette, non ? D'habitude, j'aime pas trop la pub, mais là, allez savoir pourquoi, elle m'est sympathique...

24 décembre 2009

Alchimistes

Au début du mois de mars 1991, Kenny Barron (piano) et Stan Getz (saxophone ténor) investissaient le Café Montmartre de Copenhague pour une série de quatre concerts en vue de l'enregistrement d'un double album, People Time, qui sera publié en 1992.

cover.jpgC'est au cours de l'année précédente, alors qu'ils jouaient en quartet, que les deux musiciens eurent l'idée de ce duo enchanté, habité par la grâce. Malgré la maladie qui va l'emporter trois mois plus tard, malgré l'épuisement dans lequel le laisse désormais chacune de ses interventions, Stan Getz assume pleinement son rôle et tutoie, un peu à l'avance, les anges qu'il ne tardera pas à charmer quelque temps plus tard, là-haut dans le ciel étoilé des artistes. Kenny Barron, quant à lui, rayonne à chaque instant et offre au saxophoniste un écrin incomparable, pour une somptueuse visite de grands standards tels que : « Stablemates », « There Is No Greater Love », « I Wish You Love », « Bouncing With Bud », « Like Someone In Love » ou l'éponyme « People Time » de Benny Carter. On vise ici l'éternité, les deux artistes n'ayant de toutes façons plus rien à prouver à qui que ce soit. Objectif atteint, tant la musique jouée, ou plutôt vécue, durant ces quatre soirées, est empreinte d'une magie qui laisse sans voix, chaque note semblant comme suspendue au-dessus de nous dans un air pur dont la respiration vous rend plus léger qu'une plume.

Et voici qu'en cette fin d'année 2009 nous est proposée l'intégrale des quatre concerts, soit un coffret de sept disques pour une somme de sept heures de musique. Cet enregistrement intégral, People Time - The Complete Recordings, à prix plus que raisonnable, est à classer d'emblée parmi les « must have » d'une discothèque sélective. Kenny Barron et Stan Getz transforment en or massif ces mélodies cent fois jouées et nous emportent vers le meilleur, exempt de toute faute de goût et de toute vulgarité pesante. Le quatrième concert, celui du 6 mars, ne comportera qu'un seul set, tant Stan Getz était au plus mal ce soir-là. Les deux hommes se produiront une dernière fois quelques jours plus tard à Paris, avant que le saxophoniste ne rentre aux Etats-Unis pour une séance de chimiothérapie qu'il envisageait avec optimisme. En vain, le crabe serait le plus fort.

Ce disque testament nous prouve à quel point la force vitale et l'urgence qui habitaient ces duettistes vibraient dans chacune des notes jouées. C'est là le miracle de People Time.

21 décembre 2009

Stabat Akish

Jeunes pousses. Voici la quatrième publication du « Z Band » pour l'année 2009, et la neuvième depuis la naissance de ce collectif né en 2007, dont le cercle s'élargit petit à petit. C'est une excellente nouvelle... Pour coïncider avec l'hiver, nous avons curieusement choisi un thème qu'on aurait plutôt imaginé voir éclore au printemps, celui des « jeunes pousses », en d'autres termes des artistes prometteurs que chacun d'entre nous espère voir grandir dans les années à venir. Ici, il sera question d'une formation culottée, totalement décomplexée, dont la musique savante et débordante de vitalité créative se paie le luxe d'avoir été repérée par le grand John Zorn, au point que le saxophoniste new-yorkais leur a ouvert les portes de son label, Tzadik. Réunis en 2007 sous la direction de son jeune contrebassiste compositeur Maxime Delporte (trente-trois ans, né à Johannesburg et devenu toulousain quelque neuf ans plus tard), les six de Stabat Akish constituent une révélation dont il est certain qu'elle ne peut laisser indifférent. Je vous propose de partir à leur découverte, sous la forme d'une petite revue de presse à ma façon.

Je remercie dès à présent Jean-Luc Karcher qui a bien voulu mettre à ma disposition quelques unes des très belles photographies qu'il a prises durant le concert de Stabat Akish à Nancy.

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L'histoire qui me lie à Stabat Akish est un peu bercée par le hasard : on a beau être à l'affût de toute nouveauté, guetter les musiciens qui inventent, chercher ailleurs ce qu'on ne trouve pas ici, il arrive parfois qu'on passe à côté de ce qui, pourtant, relève de l'évidence. Malgré l'abondance des informations qui peuvent submerger le chroniqueur lambda d'un chouette magazine comme Citizen Jazz, malgré la régularité du flux des nouvelles que nous déverse notre rédactrice en chef et qui est comme notre pain quotidien, on réussit à ne pas capter l'écho d'une musique qui aurait dû vous interpeller tant son propos est enthousiasmant. Oserai-je confesser que j'ai accompli l'exploit de ne pas lire la chouette prose d'un collègue rédacteur qui, voici quelques mois, disait tout le bien qu'il pensait de Stabat Akish ? Il ne m'en voudra pas, j'en suis certain, de le citer, lui qui écrivait : « Le groupe possède une puissance de feu rythmique ahurissante autour de laquelle se construit une mélodie urbaine faite de phrases courtes et de cassures permettant - dans un chaos tout à fait travaillé - d'irradier le propos d'autres influences, servi en cela par des musiciens tirant tous dans le même sens, pour tendre si possible vers un groove chauffé à blanc. » Franchement, je pense qu'une telle phrase suffit à vous donner une idée assez précise de ce qui vit dans cette musique tourmentée, imprévisible et qui ne se dépare jamais d'une bonne dose d'humour. Je vous invite d'ailleurs à lire l'intégralité de cette chronique rédigée à l'occasion du premier (et pour l'instant unique) disque de cette bande d'agités de la portée que sont les six musiciens qui forment Stabat Akish. C'est ICI, pour en savoir plus.

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Ce camarade de chronique, le normand Franpi pour ne pas le citer, avait récidivé sur son blog et formulé de bien belles choses au sujet de Stabat Akish. Eh bien, oui, celles-là également m'ont étrangement échappé. Pourtant, tout était écrit pour que n'importe quel « truffe en l'air » dans mon genre se précipite pour en écouter plus ! Quand un amoureux du jazz écrit : « Les influences de Stabat Akish sont multiples, foutraques, mais avant tout urbaines, lorgnant tant vers un rock sautillant et psychotrope que vers un jazz puissant et versatile ou vers les complexités d'écritures d'une musique contemporaine qui ne serait pas déconnecté de son temps. Le propos peu sembler parfois malicieux, il est surtout ardent, s'offrant parfois au gré des surenchères des deux saxophonistes et de Guillaume Amiel, vibraphoniste remarquable, des moments de pur groove. », en temps normal, j'y vais, je fonce tête baissée ! Parce qu'on est habité par la certitude que quelque chose se passe, qui doit nous mettre en émoi. Tiens, puisqu'on en est aux recommandations de bonnes lectures, allez donc voir ce qui s'écrit chez Franpi dont j'adore les « photos qui n'ont rien à voir » !

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Du côté des « grands » quotidiens, on a parlé de Stabat Akih aussi. Libération y est allé de sa contribution enthousiaste à l'occasion d'un article consacré aux Nancy Jazz Pulsations : « Difficile à définir car fortement irrigué, l'univers zapping aux multiples dynamiques de Stabat Akish se peuple autant des ombres du rock progressif 70's façon King Crimson que des compositeurs russes de la fin du XIXe siècle, tel Prokofiev. Si la référence à Zappa est inévitable, à cause d'un penchant non dissimulé pour «l'absurde et l'aléatoire à la manière des Monty Python», comme le précise Maxime Delporte, contrebassiste et leader du groupe, «il y a aussi des références à Charles Mingus, aux musiques de films et à la bande dessinée».

Pas mal, non ? Eh bien, malgré cette épaisse et gourmande couche de compliments, j'ai trop longtemps ignoré la joyeuse bande des toulousains de Stabat Akish.

Par conséquent, en ce mardi 13 octobre 2009, alors que Nancy Jazz Pulsations battait son plein et que je savourais à l'avance le bonheur d'un concert d'Univers Zéro, j'ignorais le plaisir qui me gagnerait en première partie de leur belle et intemporelle prestation. Je ne savais pas que le drapeau de Stabat Akish claquerait au vent comme il le fit durant une heure. Ah le beau concert ! Quel cadeau ! Vous pouvez lire maintenant le court texte que cette prestation m'inspira et qui constitue l'un des quatorze comptes-rendus écrits pour Citizen Jazz. A n'en pas douter, c'était l'un des temps très forts de la trente-sixième édition du festival.

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« Il ne faut que quelques secondes pour comprendre pourquoi Stabat Akish, jeune groupe toulousain, a séduit le grand John Zorn au point que ce dernier leur ouvre les portes de son label Tzadik. Voici en effet une formation dont la musique vous cingle instantanément la figure tant elle est survoltée, virtuose et d'une complexité rythmique qui laisse d'autant plus pantois qu'elle est servie par de splendides arrangements. Une heure de musique qui passe comme si les minutes duraient quelques secondes... Entièrement composé par son leader, le contrebassiste Maxime Delporte, le répertoire est tiré de l'album Stabat Akish, à l'exception d'un inédit (« La serrure »). Splendide terrain de jeu où s'épanouissent le tourbillonnant Guillaume Amiel (vibraphone, marimba), Marc Maffiolo (saxophones ténor et basse), Ferdinand Doumerc (saxophones, flûte), Rémi Leclerc (claviers) et Stéphane Gratteau (batterie). Cerise sur le gâteau, ce petit monde très sympathique ne manque pas d'humour : on le débusque aussi bien à la lecture de certains titres (« La vache kiwi », « Dynamite cassoulet ») que dans leur nouvelle et temporaire dénomination à l'occasion de ce concert à Nancy : « Blaster Center » se trouve ainsi rebaptisé... « Stabat Akish Lorraine ». On ne saurait mieux dire pendant les NJP et c'est avec une vraie gourmandise qu'on déguste un final en forme de sound painting sous la conduite de Marc Maffiolo. Belle révélation, qui devrait occuper une place de premier plan sur la scène musicale d'avant-garde. C'est tout le mal qu'on souhaite à ce groupe profondément original ».

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cdsa.jpgVous savez quoi ? J'étais à peine rentré chez moi après ce concert qu'en quelques clics, j'avais commandé sur Internet le disque de Stabat Akish qu'un facteur bienveillant déposa dans ma boîte aux lettres quelques jours plus tard. Et là, dès les premières secondes de « La baie des anchois », j'ai pu sans peine retrouver tout ce qui m'avait transporté la semaine précédente : la générosité des compositions, la précision maniaque des arrangements, les syncopes et les ruptures incessantes, comme autant de rebondissements du scénario d'un film d'aventures un brin déjanté, voire d'un dessin animé un peu fou. Ces types-là peuvent se permettre de mobiliser une belle culture musicale sans jamais faire montre de la moindre cuistrerie. Parce que si leurs connaissances sont impressionnantes - on pourra relire plus haut quelques exemples de leurs influences - elles sont chez eux parfaitement assimilées et donnent naissance à un assemblage très prometteur. On n'en voudrait presque à Maxime Delporte et ses camarades de nous proposer quarante minutes de musique seulement ! Le disque de Stabat Akish est court, mais d'une densité de chaque instant qui vous happe. Surtout, il possède cette précieuse qualité de ne se découvrir réellement qu'au fil des écoutes, ce qui est la marque de l'élégance des grands artistes. Il y a de l'invention dans l'air chez Stabat Akish et c'est tant mieux ! Dans chaque composition se nichent mille trouvailles qui sont autant de propositions d'aller voir un peu plus loin, qu'il est possible de développer ou de combiner en autant de nouveaux petits univers autonomes. Stabat Akish, d'une certaine façon, ressemble à une stimulante séance de remue-méninges.

Voilà par conséquent une jeune pousse dont on surveillera attentivement la croissance en espérant que ses bourgeons seront les plus nombreux possibles. Allez, c'est dit : plus tard, quand je serai grand, je serai jardinier !

On peut commander le disque de Stabat Akish ICI par exemple ou bien directement sur le site de Tzadik.

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En écoute, "La Baie des Anchois", qui ouvre l'album.

Les autres textes du Z Band (liste en cours)

Jazz à Berlin : Peter Van Huffel

Jazz à Paris : Sylvaine Hélary

Jazz Frisson : Parc-X Trio

JazzOCentre : Benoit Lavollée Trio

Ptilou' Blog : Nenad Gajin

Mysterio Jazz : Tyondai Braxton

 

15 novembre 2009

Retour

gong_2032.jpgChouette, les Octave Doctors sont de retour ! Et croyez-moi, ça fait du bien ? Comment, vous ne les connaissez pas ? Ces mystérieux habitants d'une planète pacifique et invisible aux yeux des humains appelée Gong qui étaient venus faire un tour du côté de chez nous à l'époque où ils espéraient très fortement que la Terre pourrait elle aussi délivrer un message de paix. C'était à la fin des années 60... avant que, plus tard, ils ne décident de rentrer chez eux, un brin désappointés. Mais les voici qui reviennent, enfin, pour nous faire une généreuse offre de services en ce moment décisif dans l'histoire de notre planète si malade. Bon, soyons honnêtes : ce n'est pas moi qui le dis, mais eux !

Le plus réjouissant dans ce come back, c'est que l'équipe est presque au complet, celle de la grande époque, qui avait engendré la trilogie Radio Gnome Invisible. On dirait même que ce petit monde est en pleine forme : Deavid Allen, l'âme du groupe ; Steve Hillage, plus flamboyant que jamais à la guitare ; Mike Howlett à la basse ; Miquette Giraudy aux claviers ; Gilli Smith, désormais septuagénaire mais toujours à la voix et au « soupir spatial ». Sans oublier un invîté de luxe en la personne de Didier Malherbe qui vient à nouveau souffler avec ses vieux complices. Quant à Chris Taylor à la batterie, il ne m'en voudra pas, je pense, d'imaginer que si Pierre Moerlen n'avait pas été gagné par la stupide idée de mourir beaucoup trop tôt, il serait lui aussi de cette fête appelée 2032. Parce qu'il s'agit bien d'une véritable fête, pas du tout passéiste mais au contraire parfaitement ancrée dans notre époque. Et le rock aux envolées psychédélicosmiques de Gong sait se parer aujourd'hui de quelques belles couleurs du temps, ici électro, là hip hop comme dans « How To Stay Alive », tout en conservant son identité un peu folle, celle d'une imagination qui reste débordante et débridée.

On ne boudera pas son plaisir en écoutant, comme aux plus belles heures, Steve Hillage nous délivrer de magnifiques soli de guitare, pleins de rage et d'effervescence spatiale. On savourera les vocalises inimitables de Gilli Smith et l'on sera certain d'avoir trouvé le philtre de la jeunesse éternelle en compagnie d'un Daevid Allen dont la voix faussement fragile semble préservée lorsqu'elle glisse sur les nappes synthétiques déroulées par Miquette Giraudy. Voici donc un retour chez les terriens que l'on n'espérait même pas et qui nous réjouit au plus haut point. Des concerts sont annoncés, il serait bête de refuser une rencontre avec ces sacrés extra-terrestres que sont les habitants de la planète Gong.

On peut acheter l'album à un prix très raisonnable par ici...

En écoute, un extrait de "How To Stay Alive", lui-même extrait de 2032 !

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Daevid Allen : voix, guitare, Steve Hillage : guitare, Gilli Smith : voix et soupir spatial, Miquette Giraudy : synthétiseurs, Mike Howlett : basse, Chris Taylor : batterie, Theo Travis : saxophone & flute, Didier Malherbe : doudouk, saxophone soprano, flûte, Yuji Katsui : violon électrique.

26 octobre 2009

Dense

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Daniel Denis & Univers Zéro © Jacky Joannès

Attention aux conclusions hâtives ! On pourrait, à la vision d'une batterie occupant la place centrale de la scène et en observant la gestuelle habitée de Daniel Denis, penser qu'avec Univers Zéro on a affaire à une musique engendrée par la sphère Zeuhl. Si ce batteur a croisé un beau jour, voici longtemps maintenant, le chemin de Christian Vander au sein de Magma, et s'il reconnaît lui-même, dans un exercice d'humilité admirable, avoir beaucoup appris de ce dernier, la comparaison doit s'arrêter là. Daniel Denis et ses compagnons de Belgique méritent beaucoup mieux qu'une affiliation qui n'en feraient que des sous-produits d'un courant musical qui, en réalité, n'existe pas. Leur monde est tout autre et leur esthétique très divergente : ici, point d'imprécations ni d'appels furieux à la puissance d'un être supérieur aux contours parfois troubles. Pas de grandes déclarations fracassantes assénant la supériorité d'une musique sur toutes les autres. Pas de quête d'une fantasmatique vérité. Non, rien de tout cela. Avec Univers Zéro, nous sommes conviés à un voyage vers des paysages qui évoquent plutôt les tableaux de Brueghel l'ancien et ses personnages parfaitement mis en scène (Quand on demande à Daniel Denis si le monde qui nous entoure l'influence en tant que compositeur, le premier mot qui vient à la bouche de Daniel Denis est... la campagne !). La musique tournoie, danse, elle est dense ! Son climat assez unique, né de l'association d'instruments en provenance du rock avec d'autres, moins habituels tels que le basson ou le hautbois, la distingue nettement de toutes les autres. Elle est aussi sous l'influence des folklores de l'est de l'Europe et s'avère intemporelle, détachée des modes, depuis 35 ans. Car Daniel Denis se bat avec une énergie remarquable depuis 1974, date de la création d'un groupe qui se maintient en vie par delà les années. En aparté, Daniel Denis confie qu'il ne se sent pas le droit de donner des cours parce qu'il est un autodidacte tout en s'émerveillant d'avoir à orchestrer sa musique pour un orchestre symphonique lituanien. Une démonstration de fraîcheur qui force la sympathie pour un homme d'une exemplaire simplicité (il en va d'ailleurs de même pour tous les membres du groupe).

Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas que le concert donné par Univers Zéro au Théâtre de la Manufacture constitue l'un des temps forts du Festival Nancy Jazz Pulsations ; il est l'occasion d'apprécier le talent de la jeune garde du groupe, rejointe depuis peu par l'ancien Michel Berckmans (hautbois et basson) et nous offre une élégante promenade qui va puiser dans d'anciennes pièces comme « Présage », « Toujours plus à l'est » ou « Dense », mais aussi dans de plus récentes, voire inédites telle que « Straight Edge », qu'on pourra découvrir sur Clivages, le prochain disque du groupe. Qui sera sans doute, comme ses prédécesseurs, une belle réussite et la marque d'une musique qui reste hors du temps.

En écoute, un extrait de "Présage", lors du concert d'Univers Zéro au Théâtre de la Manufacture de Nancy, le mardi 13 octobre 2009. Le son est probablement un peu assourdi en raison de l'acoustique de la salle, pas forcément la meilleure pour ce genre de musique...

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Daniel Denis : batterie, Michel Berckmans : basson, hautbois, Pierre Chevalier : claviers, Dimitri Evers : basse, Martin Lauwers : violon, Kurt Budé : clarinette.

18 octobre 2009

Humeurs

J'ai cru comprendre, en lisant des commentaires ici ou là, que certains d'entre mes lecteurs regrettaient parfois la version « light » de mon blog, quotidienne et généraliste. Je me suis déjà expliqué sur les raisons de cette évolution, qui n'est pas définitive mais sera la marque de l'année à venir. On doit parfois faire des choix, et malheureusement au détriment de ceux qui comptent parmi les plus fidèles supporteurs.

Cela étant dit, je veux bien faire une légère entorse à la direction générale de mes travaux en écriture en vous proposant une balade en trois humeurs. Ce sera là un petit signe de remerciement et d'espoir pour ceux et celles d'entre vous qui se morfondent à l'idée de ne pas s'injecter leur dose journalière de lecture.

Humeur 1 : bonne

Vous savez quoi ? Pour la première fois depuis deux ans, j'ai rendu une petite visite à mon cher Docteur D., principal héros de mes stimulochroniques qui feront un jour l'objet d'un tiré à part, tant elles sont constitutives de cet espace de gribouillage. L'objet de notre rencontre était, on s'en doute, un énième contrôle de mon cher Medtronic, ce boîtier mystérieux qui stimule mon muscle cardiaque et fonctionne en règle générale pendant près de 60% de mon temps de vie. Excellente nouvelle : le docteur D. est en pleine forme, il s'est acheté un nouveau Mac et s'échine à y faire fonctionner une vieille version de Photoshop. Et son logiciel de reconnaissance de caractères semble toujours aussi capricieux. Il m'a fait visiter son nouveau magasin dont je vous présente ici la vitrine. Faites votre choix, messieurs dames, un jour ou l'autre, vous aurez besoin des services de mon cardiologue préféré.

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Humeur 2 : mauvaise

Une catastrophe ! Ni plus ni moins... Après une heure d'un splendide concert donné par le quintette de Denis Colin – vérification de visu de la très grande qualité de sa Société des Arpenteurs – voilà qu'une erreur de casting absolue est grimpée sur la jolie scène du Théâtre de la Manufacture. Je serai obligeant et tairai les noms de cette Canadienne et de ses deux acolytes : si l'absence doit s'incarner, elle le fera sans nul doute sous la forme de ce trio apathique et dépourvu de toute originalité. Une pâle chanteuse qui s'affaire mollement sur une caisse claire au moyen de deux balais, un guitariste et un contrebassiste qui risquent l'endormissement à chaque seconde. Tout comme nous d'ailleurs qui, placés au second rang, avons eu la politesse d'attendre la fin de cette éprouvante prestation. Pour vous faire une idée : imaginez un Renan Luce au féminin encore plus décaféiné et vous saurez à quoi ressemblait cette « artiste ». Le plu cruel pour nous, c'est lorsqu'après vingt minutes de si intenses efforts, l'impétrante s'est assise sur un siège en nous expliquant qu'elle allait chanter quelques chansons d'amour plus calmes. Je ne savais pas que c'était possible... Le public, en majorité composé d'invités d'un des sponsors du Nancy Jazz Pulsations, semble avoir apprécié le truc. Enfin, pas tout le monde, n'exagérons pas : nous avons retrouvé un ancien voisin qui, lui aussi, s'arrachait les cheveux en se demandant ce qu'il était venu faire dans cette galère. Ouf ! Il reste encore un peu d'espoir à placer en l'être humain...

Humeur 3 : excellente !

Magnifique conclusion de la trente-sixième édition du Nancy Jazz Pulsations avec le grand Joshua Redman venu en trio sous le Chapiteau de la Pépinière. Les grincheux peuvent toujours dire que le jazz y occupe une portion chaque année plus congrue... N'empêche : pour qui savait intelligemment piocher, il y a eu, cette année encore, de beaux moments de musique. Car avant le saxophoniste américain, nous avons pu nous régaler des concerts de Pierrick Pédron, Stabat Akish, Univers Zéro, Jean-Michel Albertucci ou encore Denis Colin. Et ce ne sont là que quelques exemples. Je vais m'atteler dès demain à la rédaction de mon compte-rendu pour Citizen Jazz et en attendant sa publication, je vous propose - chut, ne le dites pas - un extrait du concert de samedi soir. Joshua Redman (saxophone soprano) est entouré de Matt Penman (contrebasse) et de Gregory Hutchinson (batterie) : ils interprètent « Soul Dance » et c'est un petit enchantement. Merci à NJP pour tous ces moments si précieux !

podcast

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