31 mai 2009
Retour

Difficile d'échapper à ce sentiment qui me gagne à chaque fois que je me rends à Verdun, ma ville natale : je m'y sens bien, malgré l'absence définitive de ceux qui y ont posé leurs valises il y a bien longtemps et qui on fait de moi un enfant de cette ville. L'ambiance est plutôt paisible, le cadre a connu au cours de la période récente un réel embellissement qui favorise la déambulation et les flâneries piétonnes, à défaut de contenter les automobilistes qui doivent aujourd'hui s'éloigner de quelques dizaines de mètres du centre ville pour garer leurs véhicules.
Nous retrouvons un couple d'amis blogueurs qui ont adopté cette ville et qui s'y sentent plutôt bien. Ces nouvelles relations sont agréables car, au-delà du plaisir des instants passés, elles sont une manière d'ancrer à nouveau le présent dans le passé et de tendre au mieux la corde vitale, celle qui relie l'avant et l'après.

Au détour d'une rue, je retrouve l'ancienne entrée de ma première école primaire. Me reviennent aussitôt à l'esprit ces images de l'enfant que j'étais et qui, trop pressé de retrouver ses camarades de classe un jour de pluie, s'était étalé de tout son long dans une immense flaque d'eau.
Revenir ici un jour, plus tard ? Allez savoir...
13:33 Publié dans Vécu | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : verdun, enfance, souvenirs, passé, présent, retour
30 mai 2009
Grâce

Petit retour en arrière sur un moment hors du temps, probablement le plus beau avec le Serbie Academic Choir Coll et ses chanteuses magnifiques, offert par le Festival International de Chant Choral de Nancy. Avec un magnifique ensemble, une interprétation au cordeau, un répertoire exigeant mais jamais austère, un humour élégant et un arc-en-ciel pour les yeux, le Japan Tokyo Trouvere a suscité l'émerveillement. De quoi inspirer les chorales locales dont le manque d'ambition artistique et l'amateurisme étaient flagrants, un peu à l'image de l'enseignement de la musique en France, trop souvent frileux, embourgeoisé et académique. Vivement la prochaine édition en 2012 et la plongée dans d'autres cultures.
07:15 Publié dans Entendu, Vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : festival international de chant choral, japon, serbie, nancy
29 mai 2009
Huit
Retour en quelques mots sur une soirée de musique comme on en souhaiterait un peu plus, du côté de Nancy. En dehors de son festival annuel, le jazz, finalement, se fait rare du côté de chez nous... Pas étonnant donc que dans ces conditions et malgré une époque peu favorable, celle des vacances scolaires, le Vertigo fût plein comme un œuf, au détriment, avouons-le, du confort des spectateurs. Parce qu'en l'occurrence, deux options se présentent à vous lorsque vous y pénétrez : prévoyant, vous avez réservé vos places et vous vous retrouvez assis à une table dans une position bizarre vous obligeant à tourner la tête à 90° pour voir la scène et encourir le risque d'un torticolis, sauf si vous décidez de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de contempler votre voisin d'en face durant toute la soirée, ce qui peut constituer une redoutable épreuve pour le cas où sa trombine ne vous reviendrait pas. Si au contraire, vous êtes imprévoyant, vous chercherez les dernières places assises et devrez vous contenter d'écouter le concert, ce qui, tout de même, est un peu dommage. A moins que vous n'optiez in fine pour l'option debout et là, vous pouvez vous accouder au comptoir et tourner le dos aux musiciens ou bien, pour finir, décider de vous planter au fond de la salle, face aux artistes et de profiter à plein du spectacle.
Imprévoyant et debout, voilà ce que j'étais en ce soir du 9 avril 2009.
Bien m'en a pris, parce que le Bernica Octet, sous la direction de François Jeanneau, est une formation des plus réjouissantes ! Apparue pendant les années 90 puis évanouie avant de ressurgir à l'instigation de René Dagognet, cette famille de musiciens lorrains cornaquée par le saxophoniste - à ce sujet, je signe illico des deux mains pour avoir cette allure de jeune homme à 74 ans - propose un jazz chatoyant, formidablement arrangé et dynamité par quatre soufflants (trois sur quatre se prénommant François... : Guell, feu follet à l'alto, figure historique de la famille Emil 13 avec son complice Pierre Bœspflug ; Cochet, tromboniste des plus attachants ; Jeanneau, forcément !), eux-mêmes soutenus par une rythmique alliant souplesse et belle présence, notamment sous la conduite de Jean-Luc Déat à la contrebasse. Il faudrait citer tout le monde, ne pas oublier Christian Mariotto à la batterie et Denis Moog, enlumineur guitariste. Le groupe a joué ce soir-là l'intégralité de son tout nouveau disque : Very Sensitive, belle galette qui mêle les compositions de François Jeanneau, certaines inédites et d'autres déjà connues, comme « Kel Essouf » et « Scratchbook » qui remontent au trio Humair - Jeanneau - Texier et plus précisément Update 3.3. aux contributions de François Guell et Pierre Bœspflug. Musique savante, mais jamais laborieuse, imprégnée d'une grande fraîcheur (aucun doute là-dessus, les musiciens s'amusent visiblement sur scène et sur disque) et débordant de sève, le jazz du Bernica Octet est affaire de gourmet. C'est avec le plus grand plaisir qu'on goûte le saxophone soprano de François Jeanneau, haut perché et volubile, comme il le démontre par exemple sur « Very Sensitive ». Ce type-là est un as, ne l'oublions pas et ça ne date pas d'hier (ah, mon album de Triangle acheté l'année de mes 15 ans...). Ses camarades sont loin d'être en reste, la machine tourne bien, sans effort apparent, mais avec une redoutable efficacité. On prend du plaisir en leur compagnie. On en redemande. Parce que cette musique est vivante, tout simplement.
François Jeanneau (sax soprano, direction), René Dagognet (bugle, trompette), François Guell (sax alto), François Cochet (trombone), Pierre Bœspflug (piano), Denis Moog (guitares, oud), Jean-Luc Déat (contrebasse), Christian Mariotto (batterie).

En écoute : « Simple Valse Champêtre », de François Jeanneau.
Acheter le disque ? Rien de plus simple, un petit tour chez Cristal Records !
07:15 Publié dans Entendu | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bernica octet, very sensitive, françois jeanneau, cristal records
28 mai 2009
Technochat
On n'arrête pas le progrès... Voilà qu'hier matin, un jeune homme m'aborde dans la rue, tout près de la Maison Rose, pour me demander l'adresse d'un vétérinaire. Son chat blessé, qu'il tient avec beaucoup de précautions emballé dans une couverture, semble avoir mal supporté une chute de plusieurs étages. Je ne suis pas certain d'ailleurs que j'aurais résisté à un tel exploit sportif, raison pour laquelle je considère le sport avec une réelle défiance, sachant - les statistiques le prouvent - qu'il n'est guère bon pour la santé...
Ooops ! Un vétérinaire ? Alors là, mon pauvre monsieur, je ne saurais vous dire, y a pas de bestioles à la maison, alors je ne les pratique pas vraiment ces médecins animaliers. Ah mais que je suis bête* ! Attendez donc, je dois pouvoir vous aider... Là, ni une ni deux, j'extrais de ma poche mon téléphone supersonique, j'arrête le disque que je suis en train d'écouter (Very Sensitive, petit bijou du Bernica Octet dont je vous reparlerai), tap tap, je file sur les Pages Jaunes, je saisis le mot vétérinaire, je me géolocalise (c'est un mot à la mode ce truc alors j'en profite avant qu'il ne passe aux oubliettes de la technologie) et tap tap encore... trois secondes plus tard, j'apprends que la clinique la plus proche se trouve... à 190 mètres de l'endroit où nous trouvons ! Bou Diou, on a du bol... Tap tap toujours et encore, j'affiche maintenant l'itinéraire piéton. Et nous voilà tous les trois en partance pour cette unité de soins si convoitée. Dès notre arrivée, je m'éclipse discrètement, sous les remerciements chaleureux du monsieur qui m'explique que j'ai sûrement sauvé son chat. Merci merci merci, mais vraiment, je n'y suis pour rien, le sauveur, c'est mon téléphone, hein ? C'est beau, non, la technique moderne ?
Sauf que... Si j'étais un type normal, avec une mémoire un peu moins anarchique, je ne devrais pas ignorer l'existence de cette clinique vétérinaire installée à deux minutes à pied de chez moi et devant laquelle j'ai dû passer, à pied, en voiture ou à cheval des centaines, voire des milliers de fois. Mais j'ai cette faculté, assez déroutante, de zapper et oublier assez vite les détails de l'environnement urbain dans lequel j'évolue au quotidien. Qu'une enseigne change dans une rue commerçante et je n'ai plus le moindre souvenir de celle qui s'affichait auparavant. C'est comme ça, je fais avec...
Comme disent les hommes politiques qui veulent se faire passer pour des férus d'informatique alors qu'ils n'y connaissent rien**, il va falloir que je change mon logiciel... ou qu'au minimum, je procède à une sérieuse mise à jour.
Tap tap !
* Humour...
** Cette remarque pouvant s'appliquer à d'autres domaines, d'ailleurs...
07:15 Publié dans Vécu | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : téléphone, géolocalisation, gps
27 mai 2009
Surnaturel
Zut, je viens encore de me faire griller ! Voilà des semaines que je voulais vous parler d'un disque surgi de nulle part, un double album qui est beaucoup plus que ça en réalité, c'est un objet splendide avec de la musique, des textes, des photos, ce genre de disque qu'on veut posséder pour le toucher, le palper et qu'il ne nous viendrait même pas à l'esprit de télécharger légalement : Sans Tête, c'est son nom, est signé du Surnatural Orchestra. Une bande de fous joyeux, car ils sont plus de vingt, un Big Band qui souffle à pleins poumons une musique de vie comme il faudrait pouvoir en écouter beaucoup plus souvent. Avec ce disque enregistré en concert, on sent que ça vit, que ça respire, sous nos yeux ou plutôt sous nos oreilles, ça invente, ça cherche et ça trouve ! Sans Tête est un beau manifeste, un acte de résistance à tous les formatages en vigueur, un décapsuleur de cerveau disponible. Pratiquant le soundpainting, les musiciens du Surnatural Orchestra nous embarquent pour un voyage dont la destination ne nous est pas connue au moment du départ. Je me suis fait griller donc, parce que je viens de tomber sur une chronique de cet album dont je pourrais revendiquer chacun des mots. Ça m'apprendra à tergiverser, la prochaine fois, promis, je serai plus réactif... Alors, pourquoi vous imposer une double lecture qui pourrait vous sembler fastidieuse ? Allez donc tout simplement faire un petit tour par ICI !
07:15 Publié dans Entendu | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : surnatural orchestra, sans tete
26 mai 2009
Précieux
Les amoureux de Robert Wyatt devraient en toute logique se précipiter sur ce beau bouquin paru aux éditions Æncrages & Co au mois de février 2009. Car cette Anthologie du Projet MW rassemble les dix années de collaboration entre Jean-Charles Marchetti (peintre et... traducteur) et Robert Wyatt, une longue période pendant laquelle tous deux ont échangé des courriers et se sont rendu visite pour peaufiner leur travail. Un beau cadeau sous forme d'illustrations et de traductions de 80 chansons écrites par le doux et singulier chanteur poète anglais. Un vrai travail d'équilibriste des mots tant les textes originaux pourraient paraître impossibles à faire vivre dans une autre langue que celle de leur créateur. Et pourtant, ça marche ! Marchetti a su respecter l'esprit et la lettre, conférant à ses traductions la même folie douce que celle qu'on savourait chez Wyatt, sans oser, parfois, se dire qu'on ne comprenait pas toujours le sens des paroles ou qu'on butait ici ou là sur un néologisme idiomatique dont l'équivalent français nous échappait. Ici, tout semble s'éclairer, nous donnant l'envie de remonter à la source et de goûter le monde bariolé et politiquement engagé du grand Robert, dont certains manuscrits, ici reproduits, deviennent comme autant d'objets d'art. Ce bouquin est vendu à un prix modique (moins de 20 €) avec un CD qui permet d'écouter une interview de Robert Wyatt. Que demander de plus ?
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25 mai 2009
Lumière

Un petit coup d'œil sur Paris, hier matin assez tôt. Ciel bleu, encore peu de touristes déboulant en hordes plus ou moins contrôlées, le temps est presque estival. Non, pas presque, il est estival. Les rares coureurs du matin transpirent déjà à grosses gouttes, certains semblent glisser comme par magie sur les pavés disjoints, d'autres s'infligent des souffrances qu'ils ne méritent probablement pas. J'ignore l'objet de leur rédemption, mais leur souffle rauque, leur visage violacé, leur transpiration animale est inquiétante. Nous marchons, à très faible allure, pour profiter au mieux de ces instants un peu mystérieux. Voilà pour le coup d'œil qu'on soulignera d'un... coup de nez ! Car la réalité se rappelle à nous à chaque fois que nous passons sous un pont, là où un incomparable fumet de pissotière nous saute au nez. Il y a le Paris des cartes postales, Paris la ville lumière, Paris des monuments, Paris des musées, Paris des grands boulevards... mais aussi Paris de la misère, qui dort enveloppée dans un vieux sac de couchage, à nos pieds.
PS : avis à l'abruti de motard qui slalomait hier à 18 h27 sur la Francilienne entre la sortie 14 et la sortie 15 en direction de Nancy et qui a dégommé mon rétroviseur d'un coup de coude au prétexte, semble-t-il, que mon véhicule avait la drôle d'idée de rouler sur la file de droite à la vitesse réglementaire et que celui qui nous doublait roulait à peine plus vite, l'empêchant de se livrer à son gymkhana en bande casquée : tu ne perds rien pour attendre, j'ai ton numéro, mon gars, ça s'appelle un délit de fuite !
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24 mai 2009
Quintessence
Magma. Oui, encore Magma. Parce qu'au détour de la publication de « Live in Tokyo », un double CD enregistré en 2005 et disponible uniquement en ligne sur le site de Seventh Records ainsi que dans les bacs des disquaires japonais, le groupe nous fait un très beau cadeau avec une monumentale version pour voix et piano d'une trilogie Theusz Hamtaahk condensée en 50 minutes : une interprétation des Voix de Magma qui vient s'installer très très haut dans le palmarès discographique de la planète Kobaïa. Dépouillée de sa charge électrique, livrée à elle-même sans l'appui d'une batterie qu'on sait d'habitude déferlante et hypnotique, la musique de Christian Vander est proposée là dans ce qu'elle a de plus essentiel, de plus vital. Pas une seconde de cette musique qui ne soit transcendée par la foi brûlante de son compositeur, qui nous gratifie, soit dit en passant, d'un magnifique « Nebëhr Gudahtt » où le chanteur est à son zénith, se livrant à l'exercice si redoutable du « scat kobaïen ». Un sommet dans l'histoire de ces 40 ans de musique.
Le disque propose également une version électrique de « K.A », beaucoup moins indispensable dans la mesure où Magma nous en avait proposé une très belle captation sur l'un des DVD de la série Mythes & Légendes, à peu près à la même époque.
Mais ces Voix de Magma justifient à elles seules l'achat du disque, qui n'est pas à réserver aux seuls collectionneurs et autres inconditionnels, parce qu'elles constituent une belle porte d'entrée vers l'univers de la Zeuhl et propulsent la musique vers les sphères de l'intemporel.
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23 mai 2009
Si
Imaginons qu'un magazine culturel me confie la rubrique jazz de ses pages « Disques » et que mon travail consiste à sélectionner, chaque semaine, un album. Imaginons encore que je dispose pour cela d'un espace plutôt limité (au grand maximum une colonne) et que, par conséquent, j'ai l'obligation d'opérer une sélection assez draconienne parmi l'ensemble des productions qui me seraient adressées en vue d'une possible chronique. J'ai bien dit : imaginons. Parce que tel n'est pas le cas bien sûr, et que je ne possède pas le talent requis.
Si tel était le cas, donc, me viendrait-il à l'idée de sortir ma plus belle plume pour dénigrer un peu sournoisement un artiste avéré et, de manière très condescendante, le qualifier de « propret », dire de lui qu'il n'est pas « un foudre » et nous expliquer que son dernier projet manque de « vigueur et nécessité » ? Alors que je sais pertinemment qu'il connaît son sujet sur le bout des doigts et que sa réalisation témoigne d'un amour vrai de la musique et de beaucoup d'humilité et d'une immense dose de respect ? Tel le camarade de classe qui vous fait un croche-pied quand vous passez devant l'instituteur, est-ce que je reconnaîtrais au travail de ce musicien une « saveur jazzique » de manière très parcimonieuse, lui refusant le droit d'entrée dans le grand hôtel du jazz, comme un physionomiste chargé de refouler les intrus à l'entrée d'un casino ? Est-ce que je me risquerais à un hors sujet en cherchant à tout prix à ranger mes disques dans les boîtes étriquées d'une classification dépourvue de sens et d'intérêt ?
Ou, conscient du poids de mes mots, est-ce que je choisirais la voie de l'enthousiasme pour évoquer sans retenue ce que j'aime, parce que la place est chère et le temps trop court pour m'accorder le droit de laisser s'épancher un peu de ma bile scripturale ? Quitte à ne pas parler de ce qui ne m'a pas plu ni fait vibrer ? Taire plutôt que dénigrer.
Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de mon propos : je ne revendique aucune tiédeur, les débats pour ou contre sont passionnants et souvent riches de contenus, il existe même des magazines qui y recourent régulièrement. Non, ce qui me gêne énormément, c'est ce sentiment qu'en me donnant à lire, on règle des comptes, un peu sournoisement, sans vraiment le dire.
En attendant, je file à Paris pour me régaler les oreilles et applaudir l'Orchestre National de Jazz dirigé par Daniel Yvinec qui rendent hommage à ce grand monsieur qu'est Robert Wyatt.
17:15 Publié dans Lu | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : orchestre national de jazz, daniel yvinec, around robert wyatt, chroniques
22 mai 2009
Nature

Allez, je vais vous confier un petit secret : parce qu'à force de railler le climat grisâtre qui règne sur la Lorraine la plupart du temps, je finis par me dire que vous pourriez penser qu'il s'agit d'une région inhospitalière et dépourvue de tout attrait touristique. Il n'en est rien. Prenez un paysage de campagne classique, avec ses champs, ses ondulations légères, ses ruminants. Avec un peu d'attention, vous débusquerez une biche ou... un lama. Au loin, vous entendez la cloche d'une église. Sur vos têtes, d'invisibles oiseaux entament un récital joyeux. Faites totale abstraction de ce cancer agricole que sont les champs de colza : incongruité écologique, repoussoir visuel et olfactif et dont les métastases se sont propagées bien au-delà de nos frontières. Oubliez pour un temps les gros nuages qui vous menacent d'une averse, refusez de voir l'éclair qui a zébré le ciel de plomb, annonciateur d'un orage statistiquement inévitable. Et voyez l'essentiel : un vert incomparable (celui qui a inspiré bien des peintres régionaux et qu'on retrouve en bonne place au palmarès des inspirations de l'Ecole de Nancy), tirant parfois sur un bleu profond. Dans les sous-bois, exercez votre œil à repérer ces petites asperges vertes tant appréciées des restaurateurs. Respirez (pas trop profondément toutefois, toujours cette saloperie de colza) et prenez le temps de vivre hors du temps. Voilà, tout près d'ici, calme et apaisé, vous venez de prendre une journée de vacances. Pas besoin de Club Machin, pas de G.O., aucune spéculation possible, pas d'affairiste à l'affût de votre or vert. Ici, c'est du vrai, du lourd comme dirait l'autre.
09:16 Publié dans Vécu | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : lorraine, vacances, campagne, verdure


