samedi, 28 février 2009
Représentation
Je viens d'assurer une formation à un groupe d'une douzaine d'adultes (je précise qu'ils étaient volontaires) durant deux jours. Il s'agissait de leur expliquer les bases d'un logiciel et de les rendre autonomes dans la mise en pratique de celui-ci dans le cadre de leur activité professionnelle. Quatre séquences de trois heures, préparées minutieusement depuis quelque temps, pendant lesquelles il a fallu : parler de manière presque continue, expliquer, me faire comprendre, écouter les demandes, répondre aux questions, m'adapter à l'hétérogénéité de mon public... et d'une certaine façon me placer dans le rôle d'un acteur de théâtre (parce que pour enseigner, il faut savoir se mettre en scène), des heures au bout desquelles je me suis senti... épuisé physiquement ! Je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir une pensée pour les enseignants (une catégorie de citoyens qu'il est politiquement correct de dénigrer et dont il est toujours de bon ton de stigmatiser les congés interminables) qui sont en représentation tout au long de l'année sous l'œil impitoyable de leurs élèves et qui doivent, beaucoup plus que moi, connaître des moments de lassitude intense dont ils doivent s'extraire au plus vite avant d'entrer à nouveau dans leur arène pédagogique.
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vendredi, 27 février 2009
Rédemption
Une idée m'a traversé l'esprit en sortant du cinéma où je venais de voir Gran Torino, le nouveau film de et avec Clint Eastwood : et si c'était le dernier ? Il y a l'âge du réalisateur, certes, qui entrera bientôt dans sa quatre-vingtième année - mais pourquoi après tout ne vivrait-il pas centenaire ? - non... mon interrogation trouvait en réalité sa source dans le scénario de ce film magnifique. Car ce Walt Kowalski, ancien de la guerre de Corée, vieux réac raciste habitant Detroit dans un quartier où il semble le seul blanc, qui grogne plus qu'il ne parle, irascible buveur d'une bière qu'il stocke dans une glacière qui ne le quitte pas, odieux avec sa famille pas finaude et son jeune curé, «un puceau suréduqué», auquel il confesse que «jamais il ne se confessera» et qui ne communique vraiment qu'avec sa chienne Daisy, est un personnage qui s'apparente à une synthèse vieillie des héros virils que l'acteur interprétait autrefois. Sauf que... Ayant tiré d'un mauvais pas son jeune voisin asiatique (qu'il appelle délicatement face de citron), on le voit, petit à petit, briser la glace et attendrir son vieux cuir séché devant la solidarité et la gentillesse d'une famille épatante. Il y a un drame qui va se nouer, mais aussi de sacrées scènes, étonnamment drôles, comme les échanges avec le prêtre, les réactions du vieux Walt aux obsèques de sa femme devant l'attitude désinvolte de ses petits-enfants ou sa découverte de la vie de famille de ses voisins «qui ne le regardent pas en face». Finalement, notre héros impitoyable va se libérer de la souffrance qui le hante depuis ses lointaines années de guerre en sortant ses jeunes voisins des griffes sanglantes d'une bande de voyous violents. En payant le prix fort, celui de la rédemption finale. Comme si le réalisateur lui-même nous adressait un ultime salut, la boucle étant bouclée. C'est magistral, tout simplement.
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jeudi, 26 février 2009
Échantillon
«Comme chez nous», c'est un excellent documentaire réalisé en deux temps (au printemps et à l'automne 2008) par Jean-Thomas Ceccaldi, qui a posé ses caméras dans le décor d'une petite ville de Seine-et-Marne, Coulommiers. Prenant comme sujet d'étude un échantillon de la population supposé représentatif des préoccupations de l'ensemble des français (un notable, un directeur commercial, un chauffeur de poids lourds, une serveuse, une famille en attente de naturalisation, un employé de la SNCF musicien à ses heures, une femme seule vivant dans un grand dénuement...), il nous fait entendre les réactions de son panel face à l'actualité nationale et internationale. On ne s'ennuie pas une seconde et surtout, le traumatisme provoqué par la crise financière de septembre, est parfaitement restitué. Il y a cette femme qui, quelques mois plus tôt, se réjouissait des heures supplémentaires venant considérablement améliorer son quotidien et sur laquelle rôde maintenant l'ombre du chômage ; ou cet assureur qui s'arrache les cheveux à l'idée de devoir expliquer à certains de ses clients que leurs placements leur ont fait perdre beaucoup d'argent. Ce même homme, très impliqué dans la vie associative, qui confie sa myopathie et laisse entendre qu'il commence à éprouver des difficultés à marcher. Résolument optimiste, il se sent tout de même privilégié de n'être pas comme tout le monde et continue de regarder vers l'avant. Comme une allégorie de notre monde qui souffre et doit trouver les moyens de ne pas s'effondrer. Bravo à France 5 d'avoir osé ce «prime time» de haut vol.
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mercredi, 25 février 2009
Paradoxal
Elle est bien étrange, en effet, la situation du disque... Car c'est évident, il y a un problème : les ventes diminuent, le téléchargement sauvage fait des ravages, c'est bien d'un bouleversement majeur qu'il s'agit. Analyser les causes de ce phénomène d'ampleur mondiale nécessiterait beaucoup plus que les quelques lignes de ce blog quotidien, tant les raisons sont multiples (et les fautifs pas toujours ceux qu'on croit...), mais je reste avant tout surpris qu'à ce jour, la production discographique soit d'une telle richesse, même s'il faut s'armer de beaucoup de courage et de pugnacité pour débusquer les pépites. Rien que dans l'univers du «jazz» (je mets des guillemets parce que ce terme recouvre énormément de musiques très différentes sous un seul mot), je me régale depuis quelques jours de nouveautés très réjouissantes : le nouveau disque de Pierrick Pédron (Omry), celui d'Eric Legnini (Trippin') ou de Marc Ducret (Le Sens de la Marche), l'ovni sonore du Surnatural Orchestra (Sans Tête), les galettes enchantées de Renaud Garcia-Fons (La Linea Del Sur) ou Henri Texier (Love Songs Reflexions)... pour n'en citer que quelques uns. Autant de petits bonheurs qui vous gonflent d'énergie en ces temps difficiles et vous dispensent de trop regarder dans le rétroviseur de tous ces disques, tous les autres, qu'on n'aura plus le temps d'écouter... Hommage, une fois encore, aux musiciens qui se battent, note après note, pour qu'une sphère de l'art soit préservée dans notre monde de l'immédiateté.
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mardi, 24 février 2009
Trocavino

Ce panneau n’aura certainement pas échappé à l’œil aux aguets des parisiens ni même à celui des touristes flânant du côté du Trocadéro. En le découvrant, je me suis aussitôt rappelé cette phrase de l’inénarrable Pierre Dac qui disait, je le cite de mémoire : "Je préfère le vin d’ici à l’au-delà !". Humour à consommer sans modération…
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lundi, 23 février 2009
Révélation
Je suis un raté ! Ce n'est pas moi qui le dis, mais un grand penseur sarkolâtre né sous le signe de la girouette et qui s'est fait connaître depuis une trentaine d'années en fourguant à des tarifs prohibitifs des slogans dont la vacuité n'a d'égale que l'inutilité. Cet as de la communication - oui, je sais que ce terme, confisqué par les marchands, est souvent devenu redondant des deux utilisés juste avant - qui doit vendre son nouveau bouquin poubelle en se répandant dans les médias, vient en effet de déclarer qu'on a raté sa vie si, à 50 ans, on ne possède pas une Rolex. Nom d'un chien !!! Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt ? Promis, dès demain, je vire depuis mon Codevi sur mon compte courant de quoi me procurer ce sésame de la réussite et je pourrai enfin me regarder en face. Et même qu'en plus, je saurai l'heure... Il était temps que je sois prévenu !
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dimanche, 22 février 2009
Roboratif
Troisième disque en trois ans pour le pianiste Eric Legnini. Ce musicien belge exceptionnel, qu'on a connu aux côtés de Claude Nougaro, Stefano Di Battista ou de Stéphane Belmondo, est à l'image exacte des vieux amis d'enfance : toujours présent quand il le faut. Trippin', enregistré en trio avec Mathias Alamane à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie, est le successeur attendu de Miss Soul et Big Boogaloo, dans leur exacte continuité, tel qu'on avait envie de l'écouter. Une petite merveille d'équilibre qui déborde d'énergie, où la mélodie et le groove sont rois. Avec pour innovation le recours sur quelques titres au Fender Rhodes. En attendant la suite (il faudra parler de sa participation à Omry, le très beau disque aux intonations "pop" du saxophoniste Pierrick Pédron), régalons-nous d'un court extrait, "Rock The Days" avant d'en dévorer tout le reste.
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samedi, 21 février 2009
Anniversaire
Plus d'une demi-heure de musique inédite - une composition appelée "Félicité Thosz" - comme introduction à un concert face à une salle pleine durant trois soirées qui fait la part belle au chant et aux cymbales, voilà le beau cadeau que nous a offert Magma à l'occasion de ses concerts anniversaire au Casino de Paris. Le groupe fête en effet ses 40 ans et Christian Vander, dont le jeu de batterie n'a jamais été aussi juste tant chacun de ses gestes est d'une précision envoûtante, n'a pas fini de nous étonner. Son chant est tout aussi habité que son drumming et retrouve toute la magie de sa dualité grave-aigu qui reste une énigme pour beaucoup. A ses côtés, Stella est particulièrement sollicitée par le répertoire actuel et illumine la scène du début à la fin de sa voix de soprano. Une fin en forme de ballade (cf. photo) où le chant de Christian Vander s'élève vers des sphères coltraniennes, ses mains allant jusqu'à mimer un invisible saxophone soprano. Merci donc pour cette offrande et heureux anniversaire.
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vendredi, 20 février 2009
Funambule
Cette impression de marcher sur un fil tendu au-dessus du vide qui ne me quitte que rarement... On perçoit les violences de notre monde et, un peu abasourdi, on se tient en équilibre, malgré tout. Pourquoi suis-je debout alors que tant d'autres tombent ? Il y a ce jour où, au téléphone, un vieux copain m'explique qu'il est fond de la nasse. Malgré mes mots, il semble incapable de sortir de sa détresse. Je me sens inutile. Et puis ce soir quand un ami vous explique qu'il va devoir se battre contre une maladie. La maladie. Je vais lui téléphoner, l'encourager, parce qu'il y a la vie, d'abord. Moi-même, je me rappelle ces jours où l'on ne m'accordait plus que quelques jours à vivre et ces êtres auprès de moi, leurs énergies bienfaisances qui m'enrobaient de leur puissance et m'aidaient à rester debout.
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jeudi, 19 février 2009
Acharnement
Selon un rythme variable - qui n'excède pas une à deux fois par semaine, fort heureusement - une entreprise de nettoyage délègue à l'une de ses femmes de..., euh, pardon, l'une de ses techniciennes de surface, le soin de nettoyer mon bureau ainsi que tous ceux de mes collègues. Aucun d'entre nous ne fait preuve d'une exigence exagérée en matière de propreté, parce que nous connaissons parfaitement le caractère ingrat (et très mal rémunéré) de ce travail. N'empêche... Pourquoi faut-il que nous soyons tombés sur la seule employée capable de dévaster une pièce alors qu'elle n'est armée que d'un pauvre balai qui semble la retenir de tomber ? Pourquoi, alors que j'ai quitté mon bureau correctement rangé la veille, suis-je incapable, après le passage de cette tornade humaine, de retrouver quoi que ce soit le lendemain ? Pourquoi prend-elle un malin plaisir à entremêler tous les fils au sol (téléphone, ordinateur, lampe) au risque de me faire tomber ? Pourquoi met-elle autant d'application à faire apparaître mystérieusement une poussière invisible jusque là ? Pourquoi veut-elle ouvrir la porte fenêtre quand il pleut et surtout, pourquoi oublie-t-elle de la refermer avant de partir ? Voilà autant de manifestations tangibles de ce complot contre moi que je ne cesse de dénoncer depuis des années.
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