samedi, 31 janvier 2009

Vers

Ma rédac’ chef m’apprend que le drôle de syndrome dont je suis victime porte le surnom de brainworms. Rien à voir cependant avec un quelconque parasite ou je ne sais quelle tumeur évoqués dans les dictionnaires médicaux. Non, il s’agit plutôt d’un terme image qui traduit une activité cérébrale un peu incontrôlée. Elle se manifeste chez moi, en particulier, lorsque je dois écrire un texte. Là, c’est un peu le foutoir à l’intérieur : commence alors la valse mentale des phrases qui s’écrivent en silence, qui s’assemblent, se disloquent, tournent, s’en vont, reviennent, cette agitation occupe tout mon espace cérébral au point de me neutraliser, alors que petit à petit le texte prend forme, se met en ordre (celui-ci n’étant pas forcément définitif) jusqu’au moment où il faut passer à l’acte, c’est-à-dire s’asseoir devant son clavier et commencer la rédaction. Quel soulagement lorsque, parfois, celle-ci semble couler presque naturellement, comme guidée par une diction mystérieuse ! Et quelle jubilation, ensuite, lorsque, tel l’ébéniste chantournant un meuble, on apporte les dernières corrections aux phrases qui se sont posées sur la page blanche. Mais quelle angoisse lorsque, malgré toute cette agitation préalable, rien ne se produit…

vendredi, 30 janvier 2009

Affligeant

Il faut parfois accepter de se faire violence en lisant une presse à laquelle on n’est pas accoutumé, pour cause d’incompatibilité a priori. Mais on est vite récompensé de son effort tant on reste ébahi, allez, disons-le, admiratif même, face à l’état de servilité dans lequel certains zélotes sont capables de tomber pour s’attirer les bonnes grâces des plus hautes sphères du pouvoir, guignant probablement une place privilégiée dans le dernier cercle de la cour. Ainsi, l’éditorial d'un quotidien ultra-libéral en date d’hier (29 janvier 2009) est un modèle du genre. Un must. Rarement une prose aussi médiocre et vide de sens n’aura été élevée avec autant de maestria au rang de figure de style, atteignant un niveau de perfection digne des grandes heures de la presse soviétique. Montrant que son auteur, qui flingue à tout va ce qui s’apparente de près ou de loin à un fonctionnaire ou à l’idée de service public, a bien oublié que sans ce dernier, qui fut durant tant d’années son employeur, avant ses années de dévotion à l’empereur du béton, il ne serait peut-être pas en mesure de distiller aujourd’hui son fiel obséquieux. Peut-être aurait-il suivi un autre cursus professionnel et vendrait-il des carpettes...

jeudi, 29 janvier 2009

Mercantile

J’ai pris le temps de regarder, voici une semaine, un reportage consacré aux entreprises spécialisées dans le soutien scolaire, en d’autres termes des officines mercantiles qui engrangent sans complexe des bénéfices sans faire la démonstration ni de leur capacité à mettre en œuvre une pédagogie adaptée à leurs publics ni d’une grande transparence dans le recrutement de leurs enseignants. Quant aux résultats, ils ne sont pas divulgués, top secret mesdames et messieurs. Et pour cause, il y a souvent tromperie sur la marchandise, si l’on veut bien m’autoriser cette expression.  Dans ce petit monde qui prospère sur le terreau fertile des angoisses parentales, on n’est pas très regardant en matière d’embauche et l’on s’aperçoit qu’un ancien commercial issu de la grande distribution se transforme aisément en agent recruteur de professeurs selon des méthodes très… approximatives ! Pire encore, de jeunes étudiants, 19 ou 20 ans, tous frais émoulus de je ne sais quelle école de commerce hors de prix, se voient chargés de cette tâche (je ne citerai pas le nom de leur employeur) quand bien même ils n’ont encore exercé aucune activité professionnelle et surtout pas dans le domaine de l’enseignement. Le monde à l’envers…

mercredi, 28 janvier 2009

Protecteur

magma_nancy.jpg
Comme si le temps s’était arrêté… Quarante ans après sa naissance, Magma est annoncé à Nancy pour un concert anniversaire et les premières affiches ont fleuri sur les vitrines. La griffe et la typographie sont restées telles qu’elles étaient dès le premier jour. Quant à l’énergie vitale du groupe, portée à bout de baguettes par son créateur Christian Vander, elle est intacte, à n’en pas douter. Au pied de la magnifique Porte de la Craffe, érigée au quatorzième siècle, l’histoire de France semble lancer un clin d’œil tutélaire à l’histoire de la musique.

Merci à Mad Jazz Boy pour sa photographie.

mardi, 27 janvier 2009

Cher

J’ai regardé deux fois la vitrine de ce pâtissier local avec la plus grande attention pour m’assurer que mes yeux ne me trahissaient pas : trônaient en effet derrière la vitre, fièrement disposés dans une corbeille, de bien appétissants beignets. Mais c’est leur prix qui m’a surpris : 40 € le kilo… Vous dites ? Je dis : «40 € le kilo, vous m’avez bien compris». C’est une blague ? Allez, sortez les caméras, c’est un jeu ! Non, vous êtes sérieux ? Alors je prends ma petite calculette mentale, je me rappelle qu’un Euro vaut 6,55975 francs et j’en arrive à la conclusion que ce dessert fabriqué à partir d’ingrédients on ne peut plus basiques (œufs, farine, sucre, sel, un peu de citron, huile…) et pas vraiment ruineux nous est proposé pour la modique somme de 262 francs le kilo. Ooooops ! Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai beau n’avoir aucun souci de conversion monétaire depuis sept ans, j’ai comme l’impression que certains commerçants spéculent sur notre confusion mentale pour nous balancer à prix d’or des marchandises ordinaires. Et voilà une jolie bascule qui va très vite permettre à notre pâtissier de s’exhiber prochainement dans une grosse berline allemande… La défense du pouvoir d’achat est vraiment une lutte de chaque instant.

lundi, 26 janvier 2009

Public

J’entendais hier matin à la radio un court reportage sur la gigantesque panne d’électricité dont la ville de Perpignan a été la victime après la violente tempête qui a sévi sur le sud de la France. Le journaliste évoquait toutes les forces en présence qui ne ménageaient pas leurs efforts pour rétablir une situation proche de la normale dans les meilleurs délais : parmi les plus actifs, l’ONF (Office National des Forêts), la SNCF, ErDF (qui est la branche distribution d’Electricité de France), France Télécom… Tiens tiens ! Le «service public», terme banni de tous les manuels des parfaits petits libéraux qui mutualisent les pertes mais jamais les profits, aurait-il encore un peu de sens pour certains en cette période troublée par la folie spéculative ? Mais où sont donc les Iliad et autres Poweo, grands pourfendeurs de ces scandaleux monopoles ? Pas au cœur de la tempête, semble-t-il, et plus soucieux du niveau de leurs marges que du confort de leurs clients (appelés autrefois des usagers)…

dimanche, 25 janvier 2009

Sentimental

love_songs_reflexions.jpgJ’aurai l’occasion de revenir plus longuement sur le nouveau disque d’Henri Texier, Love Songs Reflexions, paru la semaine dernière chez Label Bleu. J’ai sur le feu en effet une chronique de cet album habité qu’on pourra lire prochainement sur le site de Citizen Jazz, agrémentée d’une interview que le contrebassiste m’a fait l’amitié de m’accorder. Ses propos viendront se croiser avec ma propre perception du disque et j'espère que le résultat sera à la hauteur de cette heure de musique... En attendant cette publication, voici pour vous donner envie d’en écouter beaucoup plus un court extrait de  «In A Sentimental Mood» dont il était question ici-même voici trois jours seulement.

Sébastien Texier : saxophone alto, Manu Codjia : guitare, Christophe Marguet : batterie, Henri Texier : contrebasse

samedi, 24 janvier 2009

Parabole

rainbow.jpg
Quand la nature et ses éléments - ici une alternance de soleil et de pluie par grand vent à Nancy - nous délivrent un message essentiel : touche pas à ma culture ! On voit en effet, surplombant les toits de la Médiathèque de Nancy, voisine du Théâtre de la Manufacture et du Conservatoire National de Région, un magnifique arc-en-ciel qui semble s'afficher en protecteur céleste de ces lieux de connaissance. Une belle parabole, au sens propre comme au sens figuré.

vendredi, 23 janvier 2009

Ecrin

Ah, le retour du vieux con qui sommeille en moi... Il s’est réveillé, tout à l’heure, en pleine rue, alors que je venais de croiser quelques adolescents dont les téléphones portables crachouillaient bruyamment un vague ersatz d’une musique ronronnante et insipide, répondant ainsi parfaitement aux besoins du marketing contemporain. Aussitôt m’est revenue en mémoire cette époque – pas si lointaine – où, au même âge, comptant les pièces de monnaie une par une, j’investissais la totalité de mon argent de poche et autres subsides calendaires dans l’achat d’un électrophone stéréo qui constituait un progrès gigantesque dans la reproduction du son de mes quelques disques vinyles. Des galettes sélectionnées avec soin après la lecture attentive de deux ou trois revues spécialisées nous ouvrant les portes d’univers musicaux différents des mouvements en vogue. Pour parfaire la panoplie, il y avait aussi ces casques futuristes qui nous propulsaient encore plus loin, au cœur même de la musique, lui offrant ainsi le plus bel écrin possible. Chers objets, objets chers. Si belle musique que j’étais fier de débusquer par mes propres investigations, je m’en sentais un peu comme le dépositaire, elle était un trésor à préserver à tout prix. «The times, they are a changin’…». Allez, zou, le vieux con repart dans sa tanière.

jeudi, 22 janvier 2009

Synchronicité

Pas de panique, je ne vais pas me lancer dans une note à fort dosage jungien… C’est juste que j’aime observer des phénomènes dont l’apparition semble comme organisée, selon un calendrier mystérieux et parfois malicieux. Tenez par exemple : il y a à peine plus d’un an, 368 jours exactement, mon entourage proche complotait pour fêter mon cinquantième anniversaire et demandait à quelques amis de choisir un thème musical mais aussi d’écrire un petit texte à mon intention, histoire de fêter l'événement. Parmi ces complices figurait Henri Texier dont le choix s’était porté sur «In A Sentimental Mood», dans la version qu’en avaient donnée Duke Ellington et John Coltrane en 1962. Un an après, et très exactement au jour de mon anniversaire, arrivait dans ma boîte aux lettres (merci Hélène…) le nouveau disque d’Henri Texier, Love Songs Reflexions (que j’évoquerai ici prochainement). Un enregistrement dans lequel le contrebassiste et ses musiciens revisitent quelques standards du jazz, des «love songs», parmi lesquels figure en bonne place «In A Sentimental Mood»… A écouter cette nouvelle version, épurée et d’une sérénité émouvante, je me dis que le choix fait par Henri Texier un an plus tôt était de sa part un témoignage auquel je suis particulièrement sensible.

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