dimanche, 30 novembre 2008

Physique

sonate_de_guerre.jpgJ’ai consacré une bonne partie de mon après-midi de vendredi à un entretien avec le pianiste Jean-Michel Albertucci (dont il a déjà été question ici à l’occasion de la sortie de son premier disque en solo). Pour conclure cette conversation destinée à l’écriture d’un prochain article pour le compte du magazine Citizen Jazz, je lui ai proposé de réagir à quelques écoutes musicales, émanant exclusivement d’enregistrements de pianistes. Quel ne fut pas mon bonheur de voir ce musicien, attachant et sensible, vibrer de manière très intense dès les premières notes de la Toccata, extraite de la Sonate de Guerre du regretté Olivier Greif, ici interprétée par Pascal Amoyel. Il a perçu instantanément toute la profondeur de cette composition et, surtout, s’est senti comme en résonance corporelle, physique avec une œuvre douloureuse inspirée par l’horreur absolue que furent les camps de concentration. Dans notre conversation, j’ai pu lui dire combien de mon côté je me sentais privilégié d’avoir eu le bonheur d’écouter Olivier Greif lui-même interpréter cette sonate, dans le cadre du Festival des Arcs, il y a une dizaine d’années. Je crois que c’était en 1998, mais un petit doute subsiste, ayant pu l’écouter plusieurs années consécutives (je me rappelle ses interprétations de «Veni Creator» et de «La Bataille d’Agincourt»). Ce compositeur exceptionnel, totalement habité par sa musique, nous a quittés bien trop tôt en l’an 2000, à l’âge de 50 ans, devant son piano. Il aura laissé, j’en fais le pari, une œuvre durable qui continuera de hanter longtemps les âmes éprises de beauté.

samedi, 29 novembre 2008

Liaison

Y a un truc qui m’horripile au plus haut point (voyez comme mes préoccupations sont essentielles, voire vitales), ce sont tous ces gens qui disent «Cent z’euros». Ah ce que ça m’énerve ! C’est tellement difficile de faire la bonne liaison ? D’accord quand il s’agit de deux cents euros, là je veux bien parce qu’on doit mettre effectivement la lettre «s» au bout de cent mais pas de son «z» quand il n’a rien à faire là, par pitié… On écrit cent avec un «t» au bout, nom d’un billet ! Phénomène bizarre, les mêmes personnes en oublient toute logique d’enchaînement sonore avec le chiffre vingt ? Faites-leur prononcer «Vingt euros» et vous verrez que la plupart du temps, la liaison en t a disparu, ils disent «Vin euros» alors qu’elle reviendra comme par magie s’ils disent «Vingt heures» ou «Vingt ans». Je ne sais pas ce qu’ils ont avec les euros... peut-être qu’à force de se faire rouler dans la farine par des commerçants trop malins, ils ont fini par la prendre en grippe notre monnaie européenne…
Allez, on répète après moi : cenTeuros, cenTeuros, cenTeuros, cenTeuros, cenTeuros, cenTeuros, cenTeuros, cenTeuros, cenTeuros, cenTeuros.

07:00 Publié dans Entendu | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : euro

vendredi, 28 novembre 2008

Conserve

bonpapa.jpgJ’ai fait un rêve complètement stupide l’autre nuit. Ou un cauchemar plutôt. J’étais en avion (ce qui m’arrivera pour la première fois l’année prochaine, je l’ai appris voici peu de temps) et tout allait bien. Mais probablement perturbé par ce voyage, mon organisme, qui trouve son équilibre depuis trente ans en absorbant de fortes doses d’anti-coagulant, décida alors d’imploser perfidement et de faire de moi une gigantesque marmelade humaine et rougeâtre. Je me liquéfiais de l’intérieur en quelque sorte et mes voisins du moment, soucieux de ne pas me perdre définitivement, ne trouvèrent pas mieux que de me transvaser dans un gros pot de confiture au couvercle à carreaux rouges et blancs (Bon Papa ?). Quelque temps plus tard, on pouvait me retrouver installé quelque part sur un meuble ou une cheminée, je ne sais plus, mais j'étais dans un salon et mes deux yeux encore vivants regardaient fixement les personnes qui passaient devant moi. Je ne me rappelle rien d'autre...
Etonnant, non ?

jeudi, 27 novembre 2008

Inquiet

Je viens de lire une interview d’Alain Souchon dont un passage a retenu mon attention. Voici ce qu’il dit : «Je suis sur Terre en me demandant ce que j’y fais, si ça n’est pas un peu ridicule de s’exposer comme je le fais, je me pose plein de questions, je suis inquiet (…). J’ai une espèce d’inquiétude sourde, semblable à la mélancolie qui se dégage des romans de Françoise Sagan (…). Quelque chose de sourd qui me gâche la vie.»
Je peux très facilement comprendre ce qu’il veut nous dire, car voilà qui exprime assez nettement ce que je ressens moi-même depuis très longtemps, si longtemps. Cette incapacité à ignorer le monde qui nous entoure, brutal, violent, où l’injustice règne. Cette conscience douloureuse qui vous interdit de vous déclarer heureux – même lorsque, comme moi, vous savez que vous êtes un privilégié par comparaison avec tant d’autres qui souffrent – et vous invite à rester extrêmement humble dans vos élans, au risque parfois de passer pour indifférent ou superficiel.

mercredi, 26 novembre 2008

Récolement

L’actualité est propice à l’enrichissement de notre français ! On apprend (dans le pire des cas) ou on redécouvre (pour les meilleurs d’entre nous) ses subtilités à intervalles réguliers. Souvenons-nous en effet : l’an passé, au mois de décembre, tout un débat s’était engagé au sujet d’un mot que beaucoup d’entre nous pensaient erroné et qui avait resurgi du fin fond du XVIIIe siècle lorsque les six membres de l’Arche de Zoé, condamnés à huit ans de travaux forcés, avaient quitté le Tchad : leur transfèrement était alors en cours. Transfèrement, et pourquoi pas transfert, simplement ? Tout bêtement parce que ce vieux mot, à connotation juridique, signifie «transférer une personne d’un lieu de détention à un autre» en observant certaines formalités. De quoi, en tous cas, agiter fugacement le landernau médiatique.
Et voici que moins d’un an plus tard, nos dictionnaires sont soumis à une nouvelle interrogation grâce aux aventures un peu ridicules de Martine et Ségolène, pas fichues de compter correctement leurs bulletins de vote (George W., tu es battu à plates coutures…). Cette fois, c’est le récolement qui fait la une de tous les journaux. Selon le dictionnaire du droit privé de Serge Braudo, le récolement est un «contrôle opéré par un huissier ou par un greffier fait après inventaire, après saisie ou après apposition de scellés afin de vérifier que les biens mis sous main de justice n'ont pas été déplacés ou détournés».
Très bien, je le note…

mardi, 25 novembre 2008

Naturel

naturel.jpg
La nature fait bien les choses. Alors que de nombreux outils professionnels vous permettent, moyennant un certain savoir-faire, de retoucher des photographies et de produire des effets graphiques et visuels multiples, il arrive que votre œil contemple, pour de vrai, de magnifiques instantanés presque irréels. J’ai appris voici peu comment faire apparaître en noir en blanc certaines zones d’une photographie en couleurs. Ou l’inverse. Et voilà qu’un hiver précoce en Lorraine, sans le moindre artifice numérique, vous offre le même résultat. Chapeau Dame Nature !

lundi, 24 novembre 2008

Subjonctif

Je lis actuellement un très gros bouquin traduit de l’anglais. 1300 pages. Pas mal d’ailleurs, même s’il sent un peu le réchauffé après celui que son auteur avait écrit voici quelques années et qu’on lui préférera sans nul doute. Cette note n’a pas pour but, par ailleurs, de vous expliquer comment je dois me débrouiller pour supporter le poids excessif du livre le soir dans mon lit (une autre fois peut-être), mais pour m’insurger en constatant une amère disparition. En effet, obéissant probablement aux consignes d’un éditeur persuadé de savoir ce qui est bon pour nous, lecteurs paresseux et certainement incultes, les traducteurs ont purement et simplement éradiqué l’imparfait du subjonctif, lui préférant le présent y compris lorsque la proposition principale est conjuguée au passé. Qu’on fasse passer à la trappe cette conjugaison dans notre français parlé quotidien, soit. Mais pourquoi lui refuser de vivre encore un peu à l’écrit et de nous distiller ses savoureux accents circonflexes et ses terminaisons exotiques ? J’ai l’impression qu’un français utilitaire, grisâtre, contamine petit à petit le français tout court et qu’on ampute celui-ci de toute sa poésie originelle. Pas assez rentable. Et j’aurai la délicatesse de ne citer ni le nom du livre ni celui de son éditeur parce qu’en outre, il me faut déplorer des fautes majeures et répétées, tel l’emploi du double relatif dans des formulations comme : «C’est de lui dont il s’agit». Allez, en cherchant un peu, je vais m’apercevoir que les personnages de cette histoire ancienne «tirent les conséquences» de leurs actes…

dimanche, 23 novembre 2008

Brûlant

simon_goubert.jpgUn nouvel opus - le septième en tant que leader - pour le batteur Simon Goubert. Avec Background, ce musicien sensible et habité, compagnon de route de Christian Vander au sein de Magma, Offering et Welcome, réunit une belle équipe dont la musique est brûlante de ce feu nourri à la braise coltranienne : Pierrick Pedron et Boris Blanchet aux saxophones, Emmanuel Codjia à la guitare, Sophia Domancich au piano et Michel Zenino à la contrebasse. Il y a finalement peu à dire quand on écoute un tel disque. On écoute, tout simplement, par exemple un extrait "Mister Dean", titre hommage au saxophoniste Elton Dean, ancien membre de Soft Machine avec lequel Simon Goubert eut le bonheur de travailler.

Background - Le Chant du Monde - 2741691

samedi, 22 novembre 2008

Distant

Abattu la semaine dernière par une vilaine trachéite, j’ai dû rester chez moi pour travailler durant deux jours, préférant limiter la confrontation de mon organisme avec la fraîcheur humide de l’automne lorrain. Le constat est simple : peu dérangé dans la journée par tel ou tel collègue ayant une question essentielle à me poser et nécessitant une réponse instantanée de ma part – comme c’est le cas une bonne vingtaine de fois par jour – le rendement de ces heures à domicile m’a paru infiniment supérieur à celui qui est le mien d’habitude. Mon travail s’y prête car une part importante de mon activité nécessite silence et réflexion. Faut-il en conclure qu’à l’exception de quelques heures hebdomadaires passées dans le cadre collectif du bureau, il serait bon de réfléchir à une autre organisation du travail ? Peut-on élargir ce questionnement à une plus grande partie de la population dans certains secteurs d’activité ? Y a-t-il matière à imaginer que des conséquences sur les déplacements domicile travail pourraient se faire jour ? Faut-il voir là une possible source d’économies d’énergie et de limitation de la pollution urbaine liée aux déplacements individuels ? J’en étais à me poser toutes ces questions lorsque j’en suis venu à penser que, très probablement, des tas de gens beaucoup plus intelligents que moi avaient dû se pencher depuis belle lurette sur ce sujet. Et je suis reparti au boulot. En me disant aussi que ce blog manquait de fantaisie…

vendredi, 21 novembre 2008

Bois

bois.jpg
Et le soleil illumine le bois… Il y a quelque chose qui m’a toujours rassuré dans ce matériau noble et vivant. Alors quand il semble s’enflammer, subitement, en ce début d’après-midi, sa chaleur se répand et fait beaucoup de bien… Je me demande si je n’aurais pas dû être menuisier ou ébéniste.

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